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Arrêtez de me faire culpabiliser parce que mon fils va à la garderie

Arrêtez de me faire culpabiliser parce que mon fils va à la garderie

Blâmer et faire culpabiliser les mamans qui travaillent est devenu le nouveau sport national. Comment est-ce devenu socialement acceptable ?

Est-ce que vous avez l’intention de garder mon fils pendant que je travaille ?

Est-ce que vous vous proposez de travailler sans être payés ?

Si ce n’est pas le cas, vous n’avez aucun droit de me faire culpabiliser. Gardez vos fausses inquiétudes à propos des horaires de garde de mon fils pour vous.

Oui, mon fils de 2 ans va à la garderie tous les jours de 8 h 30 à 16 h 00.

Bon, ok… J’ai menti ! De manière générale, il reste à la garderie jusqu’à 17 h 00.

Vous voyez, j’ai pris l’habitude de mentir sur les horaires. Pourquoi ?

À cause du jugement que vous portez sur ma vie et ma façon d’éduquer mon enfant.

En effet, lorsque je dis à mes amis et à ma famille la vérité sur le temps qu’il passe à la garderie chaque jour, je me heurte souvent à un froncement de sourcils et à un mouvement de la tête qui en dit long.

Je peux même prédire la phrase qui va suivre : “C’est une longue journée pour lui, non ?”

Oui. Oui, ça l’est. Mais je n’ai pas vraiment le choix : je suis une mère qui travaille à plein temps. Bien que j’aie la chance d’avoir une grande flexibilité dans mon travail.

En effet, ma patronne n’a aucun problème à me laisser travailler de la maison ou sortir plus tôt pour emmener mon fils chez le pédiatre.

Tant que je travaille mes 35 heures par semaine, elle se moque bien de comment je les répartis.

Mais je dois bosser ces 35 heures, comme tout le monde.

Vous savez, c’est le standard français ?!

Ça me convient. J’ai besoin de travailler pour subvenir aux besoins de ma famille. Et je vous arrête tout de suite, car je vois déjà les langues de vipères s’enflammer.

“Si tu ne peux pas rester à la maison pour prendre soin de ton fils, pourquoi as-tu eu un enfant ?”

“Si tu as fait le choix d’être mère, tu dois mettre tout le reste de côté.”

“Ton mari ne gagne-t-il pas suffisamment bien sa vie ?”

J’aimerais vous rappeler une chose. Oui, je suis une maman. Mais je suis aussi une femme et une personne à part entière. Ma vie ne peut pas être entièrement dédiée à un segment de ma vie.

En plus, j’aime travailler. Mon travail nous a permis d’acheter une maison, de partir en vacances et de manger au restaurant de temps en temps.

Je me sens très peu coupable de travailler, mais j’aime mon travail et mon fils aime sa garderie. Mais il m’arrive de discuter avec une amie ou une collègue et cette même phrase revient toujours.

“C’est une longue journée pour lui, non ?”

Alors, toute la culpabilité que j’ai commodément balayée s’effondre.

Mon fils a-t-il des problèmes de sommeil récurrents parce qu’il reste trop longtemps à l’école ?

Est-ce pour cela qu’il ne me quitte pas le week-end ? Suis-je une mauvaise mère ?

Rationnellement, je sais que les réponses sont non, non et non. Il court volontiers jouer avec ses amis quand il arrive à la garderie et ne veut pas partir quand je viens le chercher – tous les signes qu’il s’épanouit.

Pourtant, je ne peux pas arrêter les doutes qui redoublent lorsque j’entends cette question insidieuse. “C’est une longue journée pour lui, non ?”

Le pire, c’est que cette question vient souvent d’autres parents qui travaillent – des mères et des pères qui ont la chance de travailler à temps partiel ou de quitter leur emploi à 15 heures tous les jours.

Je suis heureuse qu’ils aient trouvé une solution qui convient à leur famille, mais j’ai fait le calcul. Il n’y a tout simplement aucun moyen pour ma famille de joindre les deux bouts si je travaillais à temps partiel.

Et je n’ai jamais entendu quelqu’un demander à mon mari : “C’est une longue journée pour lui, non ?”

Mais j’ai ma petite théorie : s’inquiéter des “longues journées” est la nouvelle façon socialement acceptable de culpabiliser les mères qui travaillent.

Presque tout le monde est d’accord pour dire que c’est un faux pas d’exprimer un malaise avec les mères qui travaillent.

Alors ils expriment plutôt un malaise avec les enfants gardés à plein temps, même si c’est la conséquence directe du fait que les mères travaillent.

J’ai encore rencontré un autre cas déroutant de honte de la “longue journée” lorsque j’ai visité des écoles primaires pour mon fils.

Le directeur de l’une de ces écoles – une école publique qui s’adresse aux familles de la classe ouvrière – encourageait les parents d’enfants de 4 et 5 ans à ne pas inscrire leurs enfants à la garderie.

“C’est une longue journée pour ces enfants”, a-t-il dit.

J’ai regardé autour de moi, confuse. Que sont censés faire les parents qui travaillent si l’école se termine à 16 h 30 ? Quitter leur emploi ? Se ruiner pour pouvoir engager une nounou ?

J’ai des amis qui l’ont fait. Ils ont puisé dans leurs économies pour payer une baby-sitter afin que leurs enfants puissent aller à l’école maternelle à temps partiel.

Ce sont tous des enfants en bonne santé, bien équilibrés, qui seraient bien dans une structure d’accueil à plein temps.

Pourtant, ces familles se mettent dans une situation financièrement périlleuse parce que la société a placé la barre si ridiculement haut pour ce que signifie être un “bon” parent.

Pourquoi n’est-il pas raisonnable de s’attendre à ce que nos enfants soient gardés à plein temps ? De nombreuses études prouvent que les enfants placés dans des garderies de qualité s’en sortent très bien.

À quoi bon s’inquiéter des “longues heures” de nos enfants ? Quelle réaction ces trolls de l’inquiétude recherchent-ils ? La culpabilité ? La honte ? Les remords ? Ou veulent-ils simplement avoir la satisfaction de s’assurer qu’ils sont des parents supérieurs ? 

Si vous êtes légitimement inquiets pour mon enfant, je serais heureuse de vous laisser venir le chercher à 16 h 30 tous les jours. Si vous ne me le proposez pas, arrêtez de faire cette remarque inutile.

Adressez vos plaintes concernant les “longues journées” aux personnes qui peuvent réellement faire quelque chose : vos dirigeants élus.

Sincèrement, les mères qui travaillent à plein temps partout dans le monde.

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