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Les relations dans un monde 2.0 : récit d’une jeune femme agacée

À quoi ressemble l’amour quand on a une vingtaine d’années et que l’on vit à l’ère du consommé-jeté ? Glissons-nous dans les baskets d’une jeune femme de 22 ans pour voir ça de plus près…

Je déteste la manière dont la technologie nous a rendu aveugles à l’autre

À 20 ans, on se croit maîtres du monde et de nos jours, ça sous-entend être aussi les maîtres d’Internet.

Nous avons élevé au rang d’art la recherche et sélection du gars parfait qui nous offrira un verre dans un bar. Pas peu fières de nous, nous avons créé la réponse parfaite à envoyer aux hommes qui nous abordent et nous plaisent, pour nous faire paraître suffisamment intéressées mais pas trop quand même. Nous sommes capables, en cinq secondes de temps, de juger avec exactitude (pensons-nous) une personne et de déterminer s’il faut balayer vers la gauche ou la droite sur Tinder.

C’est le monde dans lequel je vis maintenant et je dois l’avouer : je le déteste de chaque fibre de mon être.

Peut-être que je laisse des événements insignifiants gambader dans mon esprit bien au-delà du temps qui devrait leur être imparti ? Ou peut-être que je réagis de manière trop sensible aux gens avec qui je partage le monde ? Ou peut-être que la situation actuelle au sujet des rencontres amoureuses est juste complètement hallucinante ?

Il s’agit probablement des trois mais attardons-nous plutôt sur la dernière explication.

Les rencontres d’aujourd’hui nous font penser que l’on devrait être terrifié(e)s par l’amour

Alors que j’étais en couple, j’ai entendu des gens se plaindre de la vie de célibataire tout le temps.

Des histoires racontées par mes amis, des articles sur Internet, tout ce qui est populaire à la télévision, bref, la difficulté de trouver quelqu’un de bien était partout.

Ce n’est que lorsque j’ai commencé à en faire l’expérience par moi-même que j’ai vraiment compris de quoi tout le monde se plaignait…

Mon Dieu, tout est devenu tellement compliqué.

Personne ne vous propose un vrai rendez-vous : on vous demande juste de “passer du temps” ensemble. Donc après la première rencontre, lorsque vous êtes censée passer les trois prochains jours à l’ignorer, vous aurez le temps de vous demander le but exact de tout cela.

Êtes-vous allés voir un film ? Avez-vous dîné ensemble ? Peut-être que vous avez eu des relations sexuelles dans sa voiture ? Que vous vous êtes envolés vers Paris pour vous enivrer sous la Tour Eiffel ? Quoi qu’il se soit passé, faites attention, ce n’était rien de sérieux, vous avez juste “passé du temps”…

C’était simplement décontracté non ?

Je ne sais pas, je me demande ce qu’il en pense en fait. Que signifiait notre partie de jambes en l’air pour lui ?

Pourtant, il existe une solution simple pour celles et ceux d’entre vous qui ont du mal avec ces questions obsédantes : il suffit de demander à l’autre personne. Oh non, attendez, impossible !

Ah ben oui, la chose la plus terrifiante à propos des rencontres modernes, c’est l’absence d’émotion : il faut éviter à tout prix le moindre attachement.

Il semble que de nombreux milléniaux ont dit au revoir aux liens profonds et émotionnels, comme on pouvait le voir dans les film The Notebook ou Titanic. Ils sont devenus apathiques et blasés… Et ça ne les dérange pas plus que ça.

Ils sont tellement d’accord avec ce mode de vie, qu’un jeune de moins de 30 ans sur quatre interrogé a déclaré être ok à l’idée de sortir avec un robot !

Nous sélectionnons avec précision nos futurs prétendants

Ainsi, terminées la magie et l’adrénaline de découvrir les petits secrets de chacun à mesure que la relation évolue.

Aujourd’hui, nous sélectionnons nos prétendants sur base de photographies et de listes de caractéristiques, agrémentées de courtes biographies.

De fait, si nous n’aimons pas la façon dont notre potentielle conquête coupe sa nourriture, rit ou prononce notre nom, alors basta, un de perdu, dix de retrouvés.

Nous n’avons que l’embarras du choix et cela ne prend que quelques balayages du doigt pour passer au suivant.

Nous traitons l’autre comme un plat sur un menu. “Dans ce plat, il y a de la roquette et je n’aime pas la roquette“. Suivant.
Celui-ci est sexy mais il a les yeux marrons et j’ai eu une mauvaise expérience avec un mec aux yeux marrons“. Suivant.

Nous passons ainsi en revue le “menu”, jusqu’à ce que nous trouvions quelqu’un qui semble répondre à notre liste d’exigences.

Nous recherchons un style de vie plus que l’amour et des caractéristiques communes plutôt qu’une réelle connexion.

Pour de nombreux jeunes de mon âge, il n’y a plus rien d’organique ni de romantique à ce sujet. Il est révolu le temps où l’on sortait ensemble et où l’on tombait amoureux à l’ancienne.

Et si vous empruntez cette route traditionnelle, soyez certain de sa rareté. Ce sera l’une de ces histoires que vos amis racontent à leurs amis lors de dîners, quand ils sont obligés de laisser leur téléphone de côté pour un moment…

Pratico pratique

Sécuritaires, les rencontres en ligne sont cependant vraiment pratiques et avoir accès à plein d’informations n’est pas forcément une mauvaise chose.

Mais l’absence d’émotions vient ruiner tout le potentiel offert.

Ressentir quelque chose ne se limite pas à la manière dont nous abordons nos fréquentations.

Une fois que nous sommes réellement dans une nouvelle relation avec quelqu’un, nous remplaçons l’expression concrète de l’amour par des emoji, finissant nos SMS avec des cœurs et des baisers soufflés, et appelons cela avoir une relation profonde.

De la grave erreur de communiquer ses sentiments

De nos jours, si l’autre commence à montrer des signes de vulnérabilité relativement tôt dans la relation, ce sera presque considéré comme un mauvais signe, un avertissement d’une maladie bizarre (la vulnérabilité, bouuuuh).

Bien souvent, une personne recule lorsque l’autre commence à exprimer ses émotions, au lieu d’être accueilli !

En effet, “tomber amoureux” est souvent vu sous un jour négatif, quelque chose à éviter car cela ne fera que générer du stress.

En fait, révéler vos émotions à quelqu’un de manière jugée trop précipitée est souvent considéré comme un signe de folie. C’est d’un triste.

Certains jeunes, dont beaucoup de mes amis, ont en tout cas activement décidé de garder les émotions en dehors de leur vie amoureuse, jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’ils étaient prêts pour quelque chose de sérieux et de durable (c’est-à-dire le mariage).

Bien que cela ait un sens dans une certaine mesure, à ce stade, beaucoup avaient oublié ce que c’était que de ressentir complètement. Et j’ai été aux premières loges de ce déclin.

Être authentique, c’est devenu hasbeen

Nous vivons dans un monde où les gens ont peur de ressentir quelque chose d’authentique, ou à tout le moins, ont peur de le montrer.

Lorsque quelqu’un est en colère contre vous, vous ne recevrez probablement aucun appel téléphonique vous demandant d’en discuter. Au lieu de cela, vous obtenez une réponse passive-agressive par SMS ou une réaction sous la forme d’un tweet suspect, vous dézingant “secrètement” en 140 caractères ou moins.

Si vous aimez quelqu’un, vous ne lui dites pas comment vous vous sentez vis-à-vis de lui. Surtout pas. Vous vous débrouillez plutôt pour qu’il s’en rende compte, mais pas d’une manière à le faire flipper.

Ça ne vous plait pas ? Dommage. C’est le jeu ma pauvre Lucette et si vous ne respectez pas les règles, vous perdez. Et si vous perdez, vous vous retrouvez seul(e). Et puis vous vous noyez dans un tas de pensées affreuses au sujet de votre propre insécurité, en vous demandant ce que vous avez fait de mal.

Alors oui, ces dernières années, j’ai trouvé à la fois surprenant et rafraîchissant de parfois rencontrer des gens émotionnellement disponibles. Ces personnes sont en voie de disparition.

Quand un homme peut pleurer devant moi, abattre ses murs ou faire un effort pour aller plus loin dans la conversation qu’un banal “comment s’est passée ta journée”, ça m’émeut.

Pour moi, c’est là que des liens humains significatifs et inoubliables se forment. Mais je vous parle ici d’une exception.

Ne montez pas sur vos grands chevaux

Ne demandez pas à passer du temps ensemble deux nuits de suite.

Si vous avez envoyé un SMS la dernière fois, vous devez attendre qu’il vous envoie un message cette fois-ci. Prenez garde à ne pas envoyer de réponse qui soit plus longue que la sienne.

Vous ne pouvez pas supposer que votre histoire signifie quelque chose, même si vous avez des relations sexuelles.

Mais vous ne pouvez pas en parler non plus. Mais si vous vous demandez où va votre relation et que vous décidez malgré tout de l’évoquer, chaque mot que vous dites devra être soigneusement choisi. Vous devez être en accord avec toute réponse qui vous sera donnée. L’accepter sans tergiverser.

Tout se fait par SMS. C’est bizarre d’appeler quelqu’un juste pour avoir une conversation ou essayer de faire des plans. Du coup, nous sommes obligés d’attendre avec impatience une réponse par message. Oh, et cette réponse pourrait ne jamais arriver.

Tout est calculé pour paraître irréfléchi et libre. Et j’en ai marre de jouer à ce jeu le plus épuisant que j’ai jamais connu.

Je pourrais avoir obtenu mon master en droit avec tout le temps et l’énergie nécessaires que j’ai passées à déterminer si mon rencard occasionnel avait réellement des sentiments pour moi.

Tout est de toute façon biaisé

Le problème est que lorsque nous entrons dans une relation plus sérieuse avec quelqu’un, nous ne sommes de toute façon souvent plus déjà vraiment présent(e)s, même lorsque nous sommes avec lui.

On remercie les smartphones, toujours plus addictifs entre nos mains. La norme est au “phubbing“, vous savez, c’est quand vous êtes avec quelqu’un mais que vous n’arrivez pas à décrocher vos yeux de votre téléphone. Ou que vous passez la soirée tous les deux accrochés à celui-ci.

Alors si les émotions se voient dégagées de l’équation, cela ne voudrait-il pas aussi dire que l’amour l’est de même ?

Tomber amoureux devient moins une option à mesure que la formation de liens émotionnels commence à diminuer.

L’amour, cela nécessite de la vulnérabilité et être vulnérable nécessite une conscience émotionnelle. La conscience émotionnelle et l’expressivité sont de plus en plus difficiles à mettre en pratique de nos jours.

De fait, une fois que l’amour inconditionnel est absent de l’équation, il est plus facile de laisser l’ennui, les habitudes et les traits pas très folichons et inévitables de l’autre personne nous sauter au visage. Vous réalisez qu’elle n’était pas tout à fait ce que vous aviez “commandé”. Et se pointe la tentation de passer à autre chose. Cela ne vous coûtera que quelques nouveaux glissements de doigt sur l’une ou l’autre application de rencontres.

Un monde sans saveur dont je ne veux plus

Si j’aime quelqu’un, je veux passer du temps avec lui. C’est aussi simple que ça. Ou du moins, ça devrait l’être.

Mais dans la culture de rencontres à laquelle nous sommes asservis, cela doit être plus compliqué que cela.

Si je lui parle de trop, c’est que je suis une personne dépendante. Si je suis toujours libre quand il me demande de passer du temps ensemble, je suis collante et je n’ai pas ma propre vie. S’il met trois heures pour répondre à mon message et que mon téléphone est entre mes mains lorsque je reçois sa réponse, je dois attendre pour répondre, pour ne pas sembler trop pressée.

Et je me demande constamment pourquoi je joue à ces jeux stupides.

Pourquoi ne puis-je pas appeler quelqu’un parce que j’aime lui parler ? Pourquoi le fait de montrer que je me soucie de lui me rend-il nécessiteuse ?

Si j’agis avec colère quand un mec me fait exploser, je deviens juste une “hystérique”. Ma seule autre option est de me plaindre à mes amis. Et puis de patauger dans l’anxiété jusqu’à ce qu’il me renvoie enfin un message.

Et laissez-moi vous dire quelque chose : je ne veux pas être cette fille. Je ne veux pas que quiconque ait ce pouvoir sur moi. Personne ne devrait avoir ce genre de pouvoir sur qui que ce soit.

Je suis tellement fatiguée de vivre dans un monde où l’apathie est plus efficace pour attirer l’attention de quelqu’un que l’honnêteté. Je suis fatiguée des jeux de manipulation. Fatiguée que les hommes et les femmes ne jouent pas cartes sur table. Tout ça dans un effort absurde pour garder le contrôle, dans une relation que nous ne sommes pas autorisés à définir.

Voici ma suggestion : cessons de nous comporter comme des demeuré(e)s

Respectons suffisamment les autres pour leur dire la vérité. Si quelqu’un vous rend heureux ou vous inspire, dites-le-lui. Et si une personne ne vous plait pas, dites-le lui aussi, bon sang.

N’ignorons pas les gens jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Il est temps que nous grandissions. Vraiment, il est temps que nous arrêtions de laisser les gens dans l’attente. Ne les laissons plus accrochés à des messages laissés sans réponse ou à des publications cryptées sur les réseaux sociaux.

Tout le monde est humain et nous essayons tous de nous comprendre dans ce monde en désordre. Alors arrêtons de traiter les relations de quelque sorte que ce soit comme des défis à relever.

Soyons honnêtes avec les autres sur ce que nous ressentons.

Nous pouvons profiter de plein de choses grâce à la technologie, comme de mieux planifier notre itinéraire de travail grâce au GPS. Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur elle seule pour faire tout le travail quand il s’agit d’amour et de relations.

Une société sans émotion signifie bien sûr que vous ne risquez pas de vous blesser. Vous ne ressentiriez pas le chagrin, la jalousie, la rage passionnée ou l’un de tous ces autres côtés plus sombres d’une relation. Bien sûr, la vie serait beaucoup plus facile sans émotions.

Mais c’est notre besoin primordial que celui de ressentir l’amour. Et dans un monde aussi chaotique que le nôtre, pourquoi devrions-nous nous abstenir de cela ?