Mon père m’a brisé le coeur bien avant qu’un garçon en ait eu l’opportunité

Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un jour je serai la fille qui emmène son oncle ou son grand-père à la danse annuelle des pères et filles. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi un père ne voulez pas être présent dans la vie de sa fille.

En grandissant, j’ai toujours pensé que c’était ma faute, que j’avais fait quelque chose pour te faire fuir. Mais à un moment donné j’ai fini par comprendre et par réaliser : c’était toi le problème.

Tu as choisi de claquer la porte et de la verrouiller derrière toi. Tu as choisi de disparaître de ma vie. Je n’étais qu’une petite fille quand tu as décidé de partir et j’étais confuse quant à tes raisons. Mais, avec l’âge, je me suis rendue compte que tu ne tenais pas à moi, tout simplement. Parce que si tu m’aimais, tu ne serais pas parti, n’est-ce pas ?

Ça n’a pas été facile de grandir sans toi. Voir tous mes amis avec leurs pères me rendait jalouse. Je pensais que ce n’était pas juste : pourquoi leur père est-il là pour eux et pas le mien ? C’est parce que tu l’as choisi.

Tu as préféré les drogues et l’alcool à ta propre fille.

Tu m’as tellement manqué. Parfois, je pleurais après toi parce que je te voulais près de moi : je voulais mon papa. Puis, un miracle s’est produit (ou c’est ce que j’ai cru à ce moment-là). Tu es revenu dans ma vie et j’étais heureuse au point qu’il est difficile de l’expliquer.

Tu semblais avoir changé… mais ce n’était qu’un mensonge.

Tu étais le même homme et le même père que lorsque j’étais enfant. Tu continuais à boire et à te droguer. Et tu n’étais toujours pas intéressé par ta petite fille. Tu as fini par partir, de nouveau ! Mais, cette fois-ci, j’étais plus vieille : ça m’a, donc, blessé davantage encore.

Je n’arrivais pas à croire que tu me fasses ça de nouveau.

J’étais furieuse contre moi-même : comment ai-je pu penser que tu avais changé ? Je m’étais créé tout un film, dans ma tête, dans lequel tu étais ce nouvel homme mais, en réalité, tu étais le même qu’avant. Ma pauvre mère t’a regardé me briser le coeur encore une fois. Le pire était que cette douleur n’avait pas été causé par un garçon, un amoureux, mais par mon propre père.

Et je dois l’avouer : c’est peut-être la pire façon de se faire briser le coeur.

J’espère que tu es content de toi. J’espère que tu es conscient de la douleur que tu m’as causé pendant ces 21 dernières années. J’espère que tu aimes ta vie telle qu’elle est, esseulée.

J’espère que tu ne dis à personne que tu as une fille. Es-tu conscient que cette vie tu l’as choisi ?

Tu aurais pu avoir une vie merveilleuse auprès de ta femme et de ta fille mais tu as opté pour la fuite : tu as voulu devenir cette personne horrible.

Pourtant, j’espère vraiment qu’un jour tu changeras, que tu deviendras sobre. Je te souhaite d’avoir une seconde chance d’être à nouveau heureux et d’être le père que je t’imagine pouvoir être.

Et, si tu as la chance de tout recommencer, j’espère que tu aimeras ta famille et que tu apprécieras tes enfants. J’espère que tu ne les feras jamais se sentir comme maman et moi.

J’espère réellement que tu pourras avoir une deuxième chance au bonheur et que tu deviendras quelqu’un de bien.

Quand il sera temps pour moi de fonder ma propre famille, je me rappellerai de la façon dont tu t’es comporté avec moi et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas reproduire tes erreurs avec mes enfants. Je vais aimer mes enfants et je m’assurerai qu’ils savent à quel point ils sont appréciés. Je leur donnerai tout. Je leur offrirai la meilleure enfance possible.

Je leur donnerai tout ce que tu ne m’as pas donné.

Tout ce que je peux dire c’est que j’espère que tu es fier de tes choix…

Avec tout mon amour,

Celle qui fut ta fille