Pourquoi ai-je divorcé de la femme dont je suis encore fou amoureux

Nous avons mis un terme à notre mariage mais je n’arrivais simplement pas à l’oublier.

Il y avait des moments au cours desquels je me retournais sur le passé (pas si lointain) et où je me demandais comment j’avais pu finir par divorcer. En fait, je n’avais jamais voulu divorcer, et pour autant que je sache, Monica, mon ex femme non plus.

Elle voulait que l’on se sépare et j’en suis venu à comprendre moi-aussi que c’est ce dont nous avions besoin. Notre mariage avait pourri de l’intérieur, comme ces poivrons rouges à 2 euros qui semblent encore bons de l’extérieur, jusqu’à ce que l’on y plonge un couteau.

Nous étions des corps creux, remplis d’idées fantômes et de visions mortes depuis longtemps. Nous en sommes venus à être des rêveurs mais sans plus aucun rêve.

En d’autres termes : on a échoué en amour.

Mais le divorce ? Bonté divine, non. Pendant très longtemps (presque un an de séparation), cela ne m’était honnêtement même pas venu à l’esprit. Bien-sûr, je ne peux pas parler pour d’autres mais si Monica en a eu l’idée à un moment, elle n’a pas vraiment évoqué la possibilité que nous fermions la porte définitivement sur notre vie commune.

Alors, peut-être ne voulait-elle pas non plus que nous divorcions ou peut-être ne voulait-elle pas en porter la responsabilité sur ses épaules, peut-être ne voulait-elle pas que cette décision difficile atterrisse entre ses mains ; je ne le saurais jamais.

Mais aujourd’hui, ça n’a plus vraiment d’importance.

Nous étions deux personnes ayant autrefois été engagées dans une liaison amoureuse légère ; nous étions les parents de trois jeunes enfants merveilleux ; nous étions deux âmes, très effrayées par ce qui allait nous arriver.

Je ne voulais pas divorcer mais un jour – après que notre séparation se soit éternisée encore et encore – j’ai signé les papiers du divorce.

Pourquoi ? Je ne le sais pas vraiment. Quelque chose en moi m’a dit qu’il était temps.

N’est-ce pas la raison la plus boiteuse et la plus sotte que vous n’ayez jamais entendue ?

Les dernières années de notre mariage ne se résumaient qu’aux enfants, au stress, à un déménagement à l’autre bout du pays et à des drames familiaux. La vie avait pour nous perdue de son charme, de toutes les manières possibles dont elle perd de son charme pour tant de couples mariés.

Nous ne sortions plus jamais ensemble et n’avions jamais vraiment pris de vacances en famille. Notre vie sexuelle était inexistante et nous en étions même arrivés à faire chambre à part, simplement parce que la sensation de l’autre, rêvant en plein milieu de la nuit déclenchait en nous une forme de répulsion et d’animosité.

Nous étions perdus. Peut-être aurions-nous pu sauver les choses – et par « choses », j’entends notre mariage – mais même maintenant, je ne pense pas que nous aurions pu.

Nous sommes allés voir un thérapeute de couple une fois, mais il était trop tard. Je pense que nous lui avons fait peur ; je pense qu’elle a eu envie de nous dire qu’elle était psychologue et non pas prêtresse vaudou.

Et pendant tout ce temps, une chose n’a cessé de me ronger … Un requin dévorant mon souffle, minute après minute, jour après jour, jusqu’au point où par moment (de nombreux, nombreux moments) j’avais l’impression d’être à deux doigts de m’évanouir et de mourir juste là, dans les rayons du supermarché ou sur la route, pendant que je conduisais, avec les enfants à l’arrière … Un homme assassiné par la tristesse de son propre cœur.

Je l’aime encore. Est-ce que ce n’est pas tordu ?

Comment peut-on traverser autant de choses, autant de douleur, de souffrance et d’acharnement, de dommages collatéraux et survivre au naufrage de son mariage avec son amour pour l’autre encore intact ? Et est-ce que cet amour grandit encore ?

Comment peut-on expliquer une telle chose ? Je ne sais pas, je n’en ai pas la moindre idée. Peut-être suis-je simplement faible ou dépendant. Je me suis demandé si je n’étais pas juste une poule mouillée, un mec trop effrayé par l’idée de passer à autre chose.

« Amuse-toi ! Tu es célibataire maintenant ! » C’est le genre de choses que les gens vous diront après que vous ayez traversé les pires moments de votre vie.

Les gens sont tellement bêtes … Même alors qu’ils ne vous veulent que du bien.

Mais même alors que je faisais de mon mieux pour passer à autre chose, je n’arrêtais pas de penser que ça n’aurait pas dû se terminer comme ça.

Quelque part dans ma tête, je sentais que la mort de notre mariage signifiait aussi la mort d’une part de moi que je ne voulais pas voir mourir.

Je ne savais même pas ce que cela signifiait. Il y avait tellement de parts de moi, issues de mon mariage qui devaient mourir, des parts étranges et douteuses nées de l’insatisfaction.

Lorsque j’ai fini par signer les papiers du divorce, en octobre de l’année dernière, j’ai su que c’était la bonne chose à faire pour Monica et moi. J’étais certain que la raison pour laquelle nous venions de mettre un terme à notre monde via un bout de papier, c’était pour avoir un entr’aperçu de ce qui existait par ailleurs.

Et même maintenant, alors que nous sommes sortis de la brume qui avait recouvert notre mariage de m***e pour des horizons plus clairs et plus frais, nous devons faire face au fait d’être divorcés et non contraints – et pour ainsi dire, libres comme l’air – je ne suis toujours pas certain de ce que cela annonce.

Mais ça va. Je n’ai pas besoin de savoir. Nous ressortons ensemble. Nous sommes deux personnes fraichement divorcées, qui reviennent dans la vie l’une de l’autre d’une manière étrange et nouvelle.

Et je vous l’assure : je n’ai jamais cessé de l’aimer.

Peut-être a-t-elle cessé de m’aimer mais j’en doute. C’est extrêmement difficile de faire taire l’amour, particulièrement quand il est profond.

Des tas de mecs adoreraient sortir avec une femme comme elle, mais je doute qu’il en existe un seul dans le monde capable de la comprendre comme moi. Est-ce que ça semble impudent ? J’espère que non ; je dis juste ce que j’ai sur le cœur.

Il est possible de divorcer et de simplement s’en aller. Je le comprends. Et si ne plus jamais, jamais vous revoir et ce dont vous avez besoin, je vous souhaite bonne chance.

Mais ce n’est pas moi.

J’ai divorcé d’une femme simplement pour revenir par la porte de derrière.

Regardez-moi, fixant mon bouquet de fleurs du supermarché.

Regardez-moi, quel imbécile heureux, je fais ! Mon Dieu, est-ce que vous me voyez ?

Regardez, je lui souris alors qu’elle est en train de se déplacer dans la cuisine. Ah ! L’avenir est tellement incertain, le passé pourrit dans sa tombe et nous avons divorcé.

Mais me voilà.

Je frappe à cette porte – à SA porte, mon vieux ! Je suis nerveux comme un lycéen.

Alors, quand on y pense pendant une seconde, j’estime que ce fut une raison tout aussi bonne qu’une autre de mettre un terme à un mariage, non ?