Il est en face de vous, ses yeux dans les vôtres, sa main posée sur la table comme une offrande.
Le silence s’installe, un de ces silences qu’il sait rendre solennels.
Puis il prononce les mots, lentement, comme s’il vous confiait le secret le plus précieux de son existence.
« Il faut que tu saches quelque chose : je suis quelqu’un de compliqué. »
Sur le moment, vous n’entendez pas ce qu’il est vraiment en train de dire.
Vous entendez : je suis profond, je suis sensible, j’ai traversé des épreuves que vous êtes la seule à pouvoir comprendre.
Vous vous sentez élue, unique, presque fière qu’il vous juge digne de cet aveu.
En fait, vous serez celle qui saura, celle qui restera, celle qui percera enfin le mystère de cet homme que tous les autres ont abandonné.
Il faudra des mois, parfois des années, pour que vous mesuriez l’abîme entre ce que vous aviez cru entendre et ce qu’il était en train de vous annoncer.
Car cette phrase n’est pas une confidence. Elle n’est pas un signe de confiance.
C’est une décharge de responsabilité anticipée, un alibi préparé bien en amont, une épée de Damoclès qu’il installe au-dessus de votre tête et dont il pourra dire, le jour où elle vous tombera dessus : je vous avais prévenue.
Ce que « compliqué » veut vraiment dire
« Compliqué », dans sa bouche, n’est pas un adjectif descriptif.
C’est un bouclier, un passe-droit, une autorisation qu’il s’octroie à l’avance de vous faire du mal sans avoir à en répondre.
Cet homme ne vous dit pas qu’il a du mal à exprimer ses émotions, qu’il traverse une période difficile, qu’il a besoin de temps ou de patience.
Il vous dit, en langage à peine codé, qu’il n’a aucune intention de changer.
Il vous dit que ses colères explosives, ses silences prolongés, ses disparitions sans explication, ses infidélités répétées, ses promesses non tenues ne sont pas des problèmes à résoudre ensemble, mais des traits de caractère à accepter sans discuter.
Clairement, cet homme vous dit que si vous souffrez, ce sera votre faute, parce que vous êtes restée alors qu’il vous avait tendu la porte de sortie dès le premier soir.
Traduisez donc, point par point, ce que recouvre cette fameuse complication.
- « Je suis compliqué » signifie : je peux ne pas vous répondre pendant trois jours alors que vous voyez que j’ai été connecté, et ce sera à vous de gérer votre angoisse sans m’en parler.
- « Je suis compliqué » signifie : je peux passer de la tendresse à la froideur en une minute sans raison apparente, et ce sera à vous de marcher sur des œufs en espérant retrouver la version aimable de moi-même.
- « Je suis compliqué » signifie : je peux critiquer votre travail, vos amis, vos vêtements, votre façon de conduire, sans jamais rien trouver à valoriser, et ce sera à vous d’encaisser sans protester.
- « Je suis compliqué » signifie : je peux vous promettre un week-end en amoureux, un cadeau, un appel, et ne rien tenir, et ce sera à vous de ne pas être déçue, de ne pas réclamer, de ne pas compter.
- « Je suis compliqué » signifie : je peux vous quitter un matin dans un message de trois lignes sans autre explication, et ce sera à vous de ne pas me reprocher de vous avoir menti pendant tout ce temps.
Il vous tend, dès les prémices de votre histoire, un contrat déséquilibré dont vous ne comprendrez les clauses qu’une fois signé, les larmes ruisselant sur vos joues et le bruit de sa voix résonnant encore dans votre tête.
Prévenir pour mieux déresponsabiliser
La force de cette phrase, son efficacité redoutable, tient dans son positionnement temporel.
Il ne la prononce pas au moment où il vous blesse, quand vous pourriez établir un lien immédiat entre sa « complication » et son comportement blessant.
Il la prononce au commencement, dans ce moment suspendu où vous êtes encore dans l’enchantement, où vous voulez croire au conte de fées, où vous êtes prête à tout accepter pour préserver ce qui ressemble à l’amour.
Ainsi, plus tard, quand vous viendrez lui parler de votre souffrance, quand vous tenterez d’expliquer que ses silences vous détruisent, que ses absences vous rendent folle, que ses critiques vous abîment, il aura une réponse imparable, définitivement imparable.
« Je t’ai prévenue. Je t’ai dit, dès le début, que j’étais compliqué. Tu le savais et tu es restée ! »
Alors, votre douleur devient votre responsabilité !
Votre colère devient votre naïveté et votre demande de changement devient une exigence abusive, presque une agression que vous lui infligez.
Alors, vous repartez de ces conversations avec un sentiment étrange, diffus, que vous ne parvenez pas à nommer.
Vous êtes celle qui souffre, celle qui pleure, celle qui demande juste un peu de considération, et pourtant vous êtes aussi celle qui se sent coupable.
Coupable de ne pas avoir écouté l’avertissement.
Coupable d’avoir espéré, contre toute raison, qu’il serait différent avec vous.
Aussi, coupable d’avoir cru, sottement, que votre amour pourrait adoucir sa prétendue complexité.
Ce retournement est une manœuvre de manipulation classique, mais elle est si habilement préparée, si parfaitement chronométrée, que vous ne la voyez pas venir.
Vous vous surprenez à vous excuser d’exiger d’être traitée avec respect, comme si le respect était une option facultative, un supplément d’âme dont vous aviez signé la renonciation le soir où il a posé sa main sur la vôtre et murmuré ces trois mots magiques.
Pourquoi vous êtes restée malgré l’avertissement
Car vous êtes restée, c’est un fait indéniable !
Il vous a tendu une porte de sortie, il a même insisté pour vous montrer où elle se trouvait, et vous avez choisi de ne pas la franchir.
Pourquoi donc ? Parce que vous avez entendu, dans cette phrase, non pas un danger mais une promesse.
Les femmes sont élevées, depuis l’enfance, dans le mythe de la rédemptrice, de celle qui guérit par son amour les âmes blessées, de celle qui apprivoise le sauvage, de celle qui fait fondre la glace à force de patience et de tendresse infinie.
Il s’est présenté à vous comme une énigme, un code à déchiffrer, un territoire inexploré, et vous avez voulu être celle qui en trouverait la clé.
Il s’est présenté comme une forteresse imprenable, et vous avez voulu être celle qui en franchirait les portes.
Sa « complication » n’était pas un repoussoir, comprenez-vous aujourd’hui.
C’était une mission, une vocation, une preuve tangible de votre valeur si vous parveniez, vous et vous seule, à percer son mystère.
Ajoutez à cela que cet aveu de complexité, dans les premiers temps, s’accompagne presque toujours d’une vulnérabilité soigneusement dosée.
Il évoque une enfance difficile, une mère absente, un père trop dur.
Il raconte une ancienne relation qui l’a brisé, une trahison dont il ne s’est jamais vraiment remis, une blessure qui saigne encore.
Cet homme vous fait entrer dans son jardin secret, vous ouvre des portes que personne n’avait franchies avant vous, vous donne l’impression vertigineuse d’être privilégiée, unique, élue entre toutes.
Comment pourriez-vous partir après cela ?
Comment pourriez-vous abandonner un homme qui vient de vous révéler ses failles les plus intimes, ses cicatrices les plus profondes ?
Vous seriez comme tous les autres, celle qui promet et qui fuit, celle qui ajoute une nouvelle blessure à son cœur déjà trop meurtri.
Alors, vous restez ! Vous restez parce que partir serait trahir sa confiance, briser le secret partagé, devenir à votre tour une agresseuse.
Vous restez parce que vous voulez être celle qui ne part pas, celle qui tient ses promesses, celle qui prouve que l’amour véritable existe encore.
D’ailleurs, vous restez parce que vous croyez, sincèrement, profondément, désespérément, que votre amour suffira.
Il faudra du temps, beaucoup de temps, des années parfois, pour comprendre que sa vulnérabilité était une arme et sa confiance un piège parfaitement huilé.
Quand vous comprenez que « compliqué » était un privilège qu’il s’octroyait
Le jour de la révélation arrive toujours, inexorablement.
Parfois brusquement, à la faveur d’une dispute ordinaire où il sort sa phrase fétiche et où, pour la première fois, vous l’entendez vraiment, dépouillée de tout l’attirail romantique dont vous l’aviez parée.
Parfois lentement, comme une eau qui monte, à force de constater que sa fameuse complication ne s’applique jamais dans son intérêt à lui, jamais dans les domaines où elle pourrait le desservir.
Il est compliqué quand il s’agit de s’engager, de se livrer, de promettre, de durer.
Mais il devient d’une simplicité confondante, d’une efficacité redoutable, quand il s’agit de réclamer votre temps, votre énergie, votre attention, votre corps.
Il est compliqué quand vous attendez de lui de la constance, de la fiabilité, de la présence.
Mais il est d’une clarté limpide, d’une précision chirurgicale, quand il faut vous reprocher votre manque de patience, votre exigence excessive, votre incapacité à le prendre comme il est.
Sa complication, comprenez-vous soudain dans un éclair de lucidité, n’est pas une fatalité qu’il subirait contre son gré.
C’est un vêtement qu’il enfile et qu’il retire à sa convenance, selon ce qu’il a à y gagner.
Car il est parfaitement capable, vous le constatez chaque jour, d’être fiable et présent avec ses amis, ponctuel et efficace au travail, attentionné et généreux avec sa mère.
Sa complication n’est pas une incapacité neurologique, un trouble de la personnalité, une fatalité contre laquelle il serait impuissant.
Sa complication est un choix !
Le choix conscient, assumé, de ne pas faire pour vous l’effort qu’il fait pour les autres.
Le choix délibéré de réserver sa lumière à ceux qui comptent vraiment et de vous offrir ses zones d’ombre, en vous faisant croire que c’est là une preuve d’intimité, une marque de confiance exceptionnelle.
Cette révélation est d’une violence inouïe, d’une brutalité sans nom.
Elle vous oblige à reconsidérer tout ce que vous avez traversé, tout ce que vous avez accepté, tout ce que vous avez pardonné en invoquant sa pauvre complexité.
Il n’était pas incapable de mieux. Il ne voulait pas mieux. Pour vous, en tout cas.
Conclusion
Un jour, vous partirez !
Ce ne sera peut-être pas dans une scène de cinéma avec des portes qui claquent et des dialogues percutants.
Ce ne sera peut-être pas après une dispute mémorable où vous lui jetterez toutes vos vérités à la figure.
Vous partirez simplement, silencieusement, après avoir compris, au fond de vous, que vous avez assez donné, assez attendu, assez espéré.
Vous partirez comme on quitte une pièce où l’air est devenu irrespirable, sans regarder en arrière, sans attendre qu’il vous rappelle.
Ce jour-là, il perdra bien plus qu’il ne le croit, bien plus qu’il ne le mesurera jamais.
Il perdra celle qui prenait sa « complication » pour de la profondeur, ses silences pour de la pudeur, ses fuites pour de la liberté, ses blessures pour une noblesse d’âme.
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