Vous êtes-vous déjà réveillée un matin en vous promettant de compter ?
De compter vraiment, pour voir, pour comprendre, pour pouvoir mettre un chiffre sur cette fatigue diffuse qui vous habite chaque soir ?
Vos journées sont remplies de petites phrases, de regards appuyés, de sous-entendus à peine voilés.
Rien de bien méchant, vous dira-t-on si vous osez vous plaindre.
Rien de grave, juste des habitudes, des traditions, des façons de parler.
Pourtant, le soir venu, vous êtes épuisée. Vidée. Sans toujours savoir expliquer pourquoi.
Nous avons recueilli des dizaines de témoignages, écouté des heures de récits, rassemblé des centaines d’expériences.
Et nous avons fait le compte. De l’heure du réveil à celle du coucher, voici les 127 remarques sexistes qu’une femme entend dans une journée ordinaire.
Pourquoi ces remarques ne sont pas de simples paroles
Chaque remarque prise isolément peut sembler anodine.
Un compliment maladroit, une blague lourde, une tradition familiale, une habitude de langage.
Rien de quoi fouetter un chat, comme on dit. Mais le problème, c’est que ces remarques ne sont jamais seules.
Elles s’accumulent. Du réveil au coucher, du lundi au dimanche, de janvier à décembre.
Elles construisent un paysage, installent une ambiance, rappellent sans cesse une place supposée, un rôle attendu, des limites à ne pas franchir.
Ces 127 petites phrases ne sont pas 127 événements distincts.
Elles sont 127 strates d’une même réalité : celle d’un monde qui considère encore que le corps des femmes se commente, que leur légitimité se discute, que leur place est quelque part et pas ailleurs.
Elles sont le bruit de fond permanent d’une vie de femme.
Et ce bruit, à force, rend sourd à autre chose. À sa propre voix, parfois.
Les remarques sexistes
Le matin (réveil, salle de bains, petit déjeuner)
- Tu mets vraiment longtemps à te préparer.
- Les femmes, c’est toujours pareil dans la salle de bains.
- T’es sûre que cette robe te va ?
- Tu as un peu grossi, non ?
- Sans maquillage, t’as une petite mine.
- Ma fille sans maquillage, on dirait une petite fille.
- Enfin une femme à sa place dans la cuisine !
- Chez nous, c’était ma mère qui s’occupait du petit déjeuner.
- Tu devrais te coiffer autrement, ça te vieillit.
- Moi je préfère les femmes naturelles.
- Les filles, ça ne sait pas jouer au foot.
- Maman, pourquoi t’as des poils, c’est pas joli ?
- Tu pourrais préparer le café, c’est mieux quand c’est toi.
- Les femmes C’est plus organisé normalement.
- Tu vas pas laisser ton homme préparer son sandwich.
- T’as pas un peu tes nerfs ce matin ?
- C’est tes règles ou quoi ?
- Elle est susceptible aujourd’hui.
- C’est la lune, ça doit être la lune !
Dans la rue et les transports
- Hé ma belle, t’as pas un sourire ?
- Elle est bonne (chuchoté) !
- Sifflements sur le passage
- Bruits de baiser dans votre direction
- Main qui s’attarde dans le métro
- Regard insistant fixé sur votre poitrine
- T’as pas une cigarette, t’es belle tu sais !
- T’es trop fière ! Un compliment, c’est gratuit.
- Les femmes devant les vitrines, ça peut pas s’empêcher.
- Souris dans la vie, c’est mieux.
- Elle se prend pour qui, celle-là ?
- Regard descendant de la tête aux pieds
- Commentaire sur votre tenue dans la rue
- Rapprochement suspect dans la file d’attente
- Photo prise discrètement dans le métro
- Homme qui se masturbe en vous regardant
- Insulte quand vous ne répondez pas
- Pouffe parce que vous changez de place
- Alors on fait sa princesse ?
Au travail (arrivée, réunions, couloirs)
- T’as changé de coiffure, ça rajeunit.
- En réunion on vous coupe la parole
- Votre idée reprise par un collègue masculin
- Excellente idée, monsieur ! (pour votre idée)
- Tu devrais parler moins fort, les hommes n’aiment pas.
- Les filles, vous préparez la salle pour la réunion.
- T’as tes règles. T’as l’air énervée.
- Les femmes et les hormones, c’est compliqué.
- Tu es bien jeune pour ce poste.
- T’as été recrutée pour la parité, non ?
- C’est mignon, tu te prends pour la cheffe.
- Tu gères bien pour une femme.
- Cette jupe est un peu courte pour le bureau.
- Tu as maigri ? grossi ? changé ?
- Une femme et la carte routière, on est pas sortis.
- Laisse, c’est pas un travail de femme.
- T’es sûre de vouloir faire du bricolage ?
- C’est un métier d’homme normalement.
- Tu es bien émotive aujourd’hui.
- Les femmes dans la technique, c’est rare.
- On rigole bien avec les filles au bureau.
- Blague graveleuse à la machine à café
- Tu pourras noter le compte rendu, toi qui écris bien.
- Les femmes ont une plus belle écriture.
- Envoi de message privé sur votre apparence
- C’était pour rigoler, détends-toi.
- T’as des projets d’enfants bientôt ?
- Si t’es absente, on va devoir te remplacer.
- T’as une tête fatiguée, tu devrais dormir plus.
- Les femmes avec tout ce qu’elles gèrent, c’est normal.
Le déjeuner et les pauses
- Les femmes en maillot sur la plage, c’est pas joli.
- Toi t’as pas de souci, t’es bien conservée.
- Les femmes et la carte, toujours compliqué.
- Toi, t’es une exception !
- Ma belle, t’aurais pas plus de sauce ?
- Les femmes et la bière, ça fait deux !
- Mange pas trop, tu vas regretter.
- T’es sûre de vouloir un dessert ?
- Les filles font attention à leur ligne.
- Tu fais pas un peu de régime ?
- Les hommes aiment les femmes naturelles.
- C’est pour rire, les femmes au volant !
- Vous conduisez mieux que je ne pensais.
- C’est une place de femme, ça ?
- Laisse, je vais t’aider, c’est trop lourd.
L’après-midi au travail (suite)
- Je voudrais parler à un vrai responsable.
- Passez-moi un homme, si possible.
- T’as de beaux yeux aujourd’hui, c’est pour moi ?
- Insistance par messages malgré votre silence
- T’es fâchée ? C’était pour rire.
- T’es trop sérieuse, détendstoi.
- Vous feriez mieux de sourire au lieu de râler.
- J’aime les femmes qui ont du caractère.
- Mais pas trop hein !
- T’es bien jolie quand tu t’énerves.
- Tu devrais porter des jupes plus souvent.
- Ça change du tailleur strict.
- Les femmes cadres, c’est toujours stressé.
- La ménopause qui approche peut-être ?
- T’as eu ton compte d’heures supplémentaires ?
- Ton mari ne doit pas être content.
- Tu rentres pas un peu tard pour une femme ?
Le trajet retour
- Regard fixe dans le métro
- Changement de place et poursuite
- Descente anticipée pour fuir
- Abordage pour une pièce et regard insistant
- T’as pas un sourire pour moi ?
- Les filles comme toi, je vous remets à votre place.
- Femme seule le soir, c’est dangereux !
- T’aurais pas dû t’habiller comme ça !
- Elle l’a bien cherché avec sa tenue.
- Femmes qui courent le soir, c’est pour plaire.
- À mon époque, on s’habillait pas comme ça.
- Plus aucune pudeur les jeunes.
- Remarque sur votre silhouette à voix haute
- Groupe d’hommes qui vous suivent un moment
- Vous êtes bien pressée, ma petite dame.
Le soir à la maison
- T’as pensé à acheter le pain ?
- Les femmes et les courses, c’est pareil.
- Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
- Les enfants ont besoin de toi pour les devoirs.
- T’as encore fini plus tard que prévu.
- Tu pourrais pas poser tes journées autrement ?
- T’as appelé l’école pour la sortie ?
- T’as acheté le cadeau pour sa mère ?
- Tu as pensé aux inscriptions au centre aéré ?
- T’as pas fait beaucoup d’efforts ce soir.
- Ma femme, elle mettait les petits plats dans les grands.
- Je me suis dit qu’au moins on aurait un bon dessert.
Pourquoi ces remarques ?
Ces 127 remarques ne tombent pas du ciel !
Elles sont le produit d’une société qui continue de considérer que le corps des femmes appartient au regard public, que leur rôle est défini par avance, que leur légitimité professionnelle est à prouver, que leur humeur est dictée par leurs hormones.
Elles sont le résultat de siècles d’habitudes, de traditions, de « c’est pour rire » qui n’ont jamais fait rire que ceux qui les prononcent.
Les hommes qui les prononcent ne sont pas tous des monstres.
Beaucoup répètent ce qu’ils ont entendu, ce qu’on leur a appris, ce qui semble normal dans leur milieu.
Les femmes elles-mêmes les répètent parfois, par habitude, par reproduction inconsciente de ce qu’on leur a inculqué.
C’est précisément pour cela que ces remarques sont si difficiles à combattre : elles sont partout, banales, presque invisibles à force d’être quotidiennes.
Les médias, la publicité, les films, les séries continuent de véhiculer ces stéréotypes.
Les femmes y sont jeunes, belles, disponibles, au service des autres.
Les hommes y sont actifs, décideurs, légitimes.
Cette représentation constante finit par sembler naturelle, évidente, inévitable.
Comment arrêter ce fléau ?
Arrêter ce fléau commence par une prise de conscience individuelle.
La prochaine fois que vous entendez une de ces 127 remarques, ne souriez pas poliment.
Ne baissez pas les yeux. Dites quelque chose. « Cette remarque est déplacée. »
« Je ne vois pas le rapport avec le fait que je sois une femme. » « Pourquoi dites-vous cela ? »
Cette réponse ne mettra pas fin au sexisme ordinaire. Elle ne fera pas changer d’avis celui qui l’a prononcée.
Mais elle posera une limite. Elle rappellera que vous avez entendu, que vous n’êtes pas d’accord, que cela ne passera pas sans réaction.
Et peut-être, à force, ces petites phrases deviendront moins fréquentes, moins acceptables, moins « normales ».
L’éducation joue un rôle fondamental.
Apprendre aux garçons que le corps des filles ne se commente pas.
Apprendre aux filles qu’elles n’ont pas à sourire pour faire plaisir.
Apprendre à tous que la légitimité ne se mesure pas au genre.
Ces apprentissages commencent à la maison, se poursuivent à l’école, se renforcent dans les médias.
Le travail collectif est indispensable. Dans les entreprises, des formations sur le sexisme ordinaire devraient être obligatoires.
Dans les écoles, des ateliers d’égalité dès le plus jeune âge.
Dans les familles, une vigilance constante sur les blagues et les habitudes qui perpétuent ces stéréotypes.
La loi peut aider, mais elle ne fera pas tout !
Les réseaux sociaux doivent modérer plus fermement les propos sexistes.
Les médias doivent revoir leurs représentations.
La société dans son ensemble doit prendre conscience que ces 127 petites phrases, mises bout à bout, construisent un monde moins égalitaire, moins juste, moins respirable pour les femmes.
Conclusion
Bien sûr, toutes les femmes ne vivent pas exactement ces 127 remarques chaque jour.
Certaines journées sont plus calmes, certains environnements plus préservés.
Mais l’ordre de grandeur est là, et il donne le vertige. 127 remarques par jour, c’est plus de 46 000 par an.
Alors la prochaine fois qu’on vous dira « arrête de voir le mal partout », « c’est pour rire », « t’es trop sensible », souvenez-vous de cette liste.
Souvenez-vous que ce n’est pas une remarque que vous entendez, c’en est une de plus.
Une de plus dans une longue liste qui ne demande qu’à s’allonger encore.
Le sexisme ordinaire n’est ordinaire que parce qu’on accepte de le trouver normal.
Et on ne le trouvera normal que tant qu’on continuera de se taire. Alors parlez. Comptez si ça vous aide.
Répondez si vous en avez la force. Et surtout, n’acceptez plus qu’on vous dise que ce n’est rien.
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