Le phénomène est tellement massif qu’il a donné naissance à un slogan repris par des millions de fans à travers le globe : « Anyone but Argentina ».
Alors que l’Albiceleste dispute sa deuxième finale de Coupe du monde consécutive, elle suscite une hostilité qui dépasse largement le cadre du simple rivalité sportive.
Entre les polémiques d’arbitrage qui s’accumulent, le sentiment que Lionel Messi bénéficie d’une protection particulière et une arrogance perçue comme insupportable, l’équipe argentine est devenue le « méchant » préféré du Mondial 2026.
Comment expliquer cette haine planétaire qui s’est emparée des supporters du monde entier ? Décryptage.
L’Argentine est sans doute l’équipe la plus talentueuse du monde, mais aussi la plus clivante.
En 2022, le monde célébrait Lionel Messi, le génie enfin sacré.
Quatre ans plus tard, l’enthousiasme a laissé place à une défiance généralisée, et le terme de « favoritisme » est sur toutes les lèvres.
Alors que la finale contre l’Espagne approche, une frange toujours plus large de supporters lui voue une haine viscérale.
De la réputation d’arrogance aux polémiques d’arbitrage, en passant par la surprotection de sa superstar, retour sur les raisons qui ont fait de l’Argentine l’équipe la plus détestée de la planète football.
Un climat de suspicion permanent autour de l’arbitrage
Jamais une équipe n’avait été autant accusée de bénéficier d’un traitement de faveur par le corps arbitral.
Les polémiques ont débuté dès les huitièmes de finale contre l’Égypte.
Les Pharaons ont officiellement déposé une plainte auprès de la FIFA, estimant avoir été victimes d’arbitrages injustes et partials.
Un but égyptien a été refusé après que Messi eut réclamé une faute, et un penalty potentiel n’a pas été sifflé.
L’entraîneur égyptien Hossam Hassan est allé jusqu’à affirmer que son équipe avait été victime d’un « establishment » du football qui favorisait Messi et l’Argentine.
Mais l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, c’est le quart de finale contre la Suisse.
Alors que le score était de 1-1, Leandro Paredes a provoqué un carton jaune sur Breel Embolo.
Problème : les ralentis ont montré que le Suisse était déjà en train de tomber avant le contact.
Comme Embolo avait déjà reçu un carton jaune plus tôt, il a été exclu, laissant la Suisse à dix contre onze.
L’entraîneur suisse Murat Yakin a dénoncé une règle « totalement inacceptable » et a qualifié cette élimination de très douloureuse et injuste.
Le Sun britannique a même titré : « L’Argentine a gagné avec douze hommes contre une Suisse réduite à dix ».
Toutes ces décisions, prises isolément, peuvent s’expliquer.
Mais mises bout à bout, elles dessinent un tableau très clair aux yeux des fans : dans le doute, ça sourit toujours à l’Argentine.
Le magazine américain Intelligencer a écrit que la VAR et la FIFA avaient « littéralement aidé l’Argentine à devenir le méchant ».
Sur les réseaux sociaux, le jeu de mots « Fixed It For Argentina » (Raccommodé pour l’Argentine) est devenu viral, tandis qu’une pétition demandant l’exclusion de l’Argentine du Mondial a dépassé les 18 millions de signatures !
La surprotection de Messi : un traitement royal qui exaspère
Lionel Messi n’est pas seulement un joueur de football, c’est une institution planétaire.
Et cette institution, beaucoup la perçoivent comme bénéficiant de passe-droits, tant sur le terrain qu’en dehors.
La polémique la plus récente concerne un geste lors de la demi-finale contre l’Angleterre, où Messi aurait frappé Djed Spence au pied, sans que l’action ne soit revue par la VAR.
Les décisions litigieuses qui favorisent l’Argentine sont souvent attribuées à une forme de « protection » de la part du système.
Cette impression est renforcée par le comportement de la FIFA elle-même.
L’organisation a par exemple invité le club de Messi, l’Inter Miami, à la Coupe du Monde des Clubs alors qu’il ne s’était pas qualifié sportivement.
Cette proximité affichée entre le président de la FIFA Gianni Infantino et la superstar argentine nourrit la défiance.
Pour beaucoup, la présence de Messi en finale est non seulement un atout sportif, mais aussi un intérêt commercial colossal pour la FIFA, ce qui expliquerait un traitement de faveur.
Le sentiment général est que Messi, de par son statut quasi-divin, est intouchable, et que l’arbitrage s’adapte à sa légende.
L’arrogance, le jeu brutal et l’héritage de Maradona
L’Argentine ne se contente pas de gagner ; elle gagne en provoquant, en testant constamment les limites de ce qui est autorisé.
Leur style de jeu est décrit comme un mélange de « génie et de brutalité », une synthèse parfaite de la « main de Dieu » et du « but du siècle » de Maradona en 1986.
Contre l’Angleterre, les Argentins ont multiplié les fautes, les bousculades et les provocations.
Après le match, leurs provocations se sont poursuivies.
Cristian Romero a célébré devant Jude Bellingham, tandis qu’Enzo Fernandez, après son but, a mimé un geste invitant les critiques à continuer de parler.
Mais l’acte le plus polémique fut le déploiement d’une banderole par les joueurs argentins revendiquant la souveraineté sur les îles Malouines (« Las Malvinas son Argentinas »), au beau milieu de la célébration.
Un geste politique interdit par le règlement de la FIFA qui a provoqué un tollé en Angleterre et au-delà, le gouvernement britannique exigeant une enquête.
Loin de s’excuser, l’équipe a assumé cette provocation.
Enfin, il y a l’héritage de Maradona.
La « Main de Dieu » reste une blessure ouverte pour les Anglais, et pour beaucoup de fans à travers le monde, cet épisode a défini l’identité argentine : une équipe qui triche, mais qui s’en sort, et qui en est fière.
Leur football est imprégné de ce « jeu de cunning » (ruse) qui, s’il est admiré chez eux, est perçu comme de l’anti-jeu à l’étranger.
Une arrogance culturelle et un racisme qui braquent l’Amérique latine
Si le monde entier a du mal avec l’Argentine, c’est en Amérique latine que la haine est la plus viscérale.
La règle non écrite lors des Coupes du monde est de soutenir le dernier pays de la région encore en lice.
Cette année, elle ne s’applique pas. Les fans colombiens, chiliens, équatoriens ou péruviens ne soutiennent pas l’Argentine, bien au contraire .
Les raisons sont profondes. L’Argentine est perçue comme arrogante, se considérant comme le pays le plus « européen » et le plus « blanc » d’Amérique latine.
L’ancien président Alberto Fernández l’avait dit sans détour : « Les Mexicains viennent des Indiens, les Brésiliens viennent de la jungle, mais nous, les Argentins, nous venons des bateaux… d’Europe » . Un sentiment de supériorité qui, même s’il est caricatural, est profondément ancré dans l’imaginaire collectif.
Les polémiques récentes n’ont fait qu’envenimer les choses.
Le commentateur argentin Eduardo Feinmann a déclaré à l’antenne : « Je déteste les Mexicains, je les déteste du plus profond de mon âme. … L’envie qu’ils ont de nous, pas seulement dans le football, mais dans tout ».
La présidente mexicaine a qualifié ces propos d’« affreux ».
À cela s’ajoutent les chants racistes des joueurs argentins après la Copa América 2024, visant les origines africaines des joueurs français, et les insultes racistes proférées par des fans argentins contre le streameur noir IShowSpeed lors d’un match.
L’Argentine, perçue comme un pays raciste et arrogant, est devenue l’ennemi public numéro 1 pour ses propres voisins !
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