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La vérité impopulaire : certaines femmes ne veulent pas vraiment guérir, elles veulent juste avoir raison

La vérité impopulaire : certaines femmes ne veulent pas vraiment guérir, elles veulent juste avoir raison

Dans les cercles de soutien et les conversations autour des relations toxiques, un tabou persiste, aussi inconfortable que crucial à examiner.

Alors que nous célébrons à juste titre la résilience et le courage des survivantes, une dynamique plus sombre et moins avouée peut parfois se glisser dans le processus de guérison.

Il s’agit de la tentation subtile, mais puissante, de transformer le parcours de reconstruction personnelle en un tribunal permanent où l’objectif ultime n’est plus la paix intérieure, mais la validation absolue de son statut de victime lésée.

Cette vérité dérangeante mérite d’être explorée non pour juger ou blâmer, mais pour briser un piège mental qui maintient de nombreuses femmes dans une cage dorée de souffrance légitime.

Car il existe une différence fondamentale, et souvent ignorée, entre le désir authentique de guérir ses blessures et l’attachement compulsif à avoir raison sur la nature de ces blessures.

Reconnaître cette distinction peut être la clé qui libère d’une identité figée dans le passé.

La séduction de l’identité de victime justifiée et son confort paradoxal

Après une relation destructrice, s’identifier comme une victime n’est pas seulement une réaction naturelle, c’est souvent une étape nécessaire pour reconnaître l’injustice subie et commencer à soigner son estime de soi.

Le danger émerge lorsque cette identité se cristallise et devient non plus un point de passage, mais une demeure permanente.

Pourquoi une identité aussi douloureuse peut-elle devenir si séduisante et confortable ?

La réponse réside dans les bénéfices secondaires qu’elle procure, aussi contre-intuitifs que cela puisse paraître.

Premièrement, le statut de « victime qui a raison » offre une clarté morale absolue.

Dans le chaos émotionnel post-rupture, il est extrêmement réconfortant de posséder une narration parfaite où le bien et le mal sont distincts, où vous incarnez la partie offensée et l’autre, l’offenseur indéniable.

Cette clarté élimine toute ambiguïté anxiogène et tout besoin de s’interroger sur sa propre participation aux dynamiques du couple.

Deuxièmement, cette identité génère un capital de compassion et de soutien social immédiat.

Elle vous garantit l’écoute attentive des amis, la validation des groupes de soutien, et un sentiment d’appartenance à une communauté de personnes qui « comprennent ».

Troisièmement, et c’est peut-être le plus puissant, elle fournit une excuse définitive et externalisée pour tous les domaines de votre vie qui ne fonctionnent pas.

Les échecs professionnels, la solitude, le manque d’accomplissement personnel peuvent tous être commodément attribués aux séquelles de « ce qu’il vous a fait ».

Ainsi, sans même en avoir conscience, on peut se retrouver à protéger jalousement son statut de victime, car il est devenu le pilier central de son identité et la clé de voûte d’un système qui, bien que douloureux, est remarquablement stable et exonérant de toute responsabilité personnelle plus large.

La guérison, dans cette perspective, devient une menace : elle promet de vous priver de cette clarté, de ce soutien inconditionnel et de cette excuse commode, pour vous renvoyer à la complexité déstabilisante d’une vie où vous êtes pleinement responsable de votre bonheur.

Les mécanismes de la résistance à la guérison : quand avoir raison devient une obsession

Lorsque le besoin d’avoir raison sur le récit de la relation supplante le désir de bien-être, des comportements spécifiques et autodestructeurs apparaissent, formant une véritable résistance à la guérison.

Le premier mécanisme est l’« archivage compulsif ».

La personne passe un temps considérable à compiler des preuves du tort subi : screenshots de messages, journaux détaillant chaque incident, listes de ses défauts.

Cette activité, présentée comme un travail de « prise de conscience », peut en réalité servir à alimenter en permanence le feu de l’indignation et à solidifier le récit dans le marbre, le rendant immuable.

Le but n’est plus de comprendre pour se libérer, mais de consolider un dossier accusatoire, souvent dirigé vers un tribunal fantôme qui ne rendra jamais le verdict absolu qu’elle espère.

Le deuxième mécanisme est le « rejet sélectif de l’introspection ».

Toute suggestion, même bienveillante, d’explorer ses propres patterns, ses attachements ou ses vulnérabilités qui ont permis à la situation de perdurer, est perçue comme une trahison, une forme de « victim blaming ».

La phrase « Je n’ai rien à me reprocher » devient un mantra qui ferme la porte à toute croissance personnelle.

Le travail thérapeutique est alors détourné : on ne consulte plus pour se transformer, mais pour trouver un professionnel qui certifiera officiellement qu’on a « tout à fait raison ».

Le troisième mécanisme est l’« exploitation identitaire ».

L’expérience douloureuse n’est plus un chapitre de la vie, elle devient le titre du livre entier.

La personne se présente d’abord et avant tout comme une « survivante d’un narcissique » ou une « victime de manipulation », éclipsant toutes ses autres facettes (la professionnelle, l’amie, la créative, la rêveuse).

Cette identification totale crée une prison où chaque nouvelle rencontre ou expérience est filtrée à travers le prisme de ce traumatisme, empêchant toute nouveauté authentique et toute identité post-traumatique d’émerger.

Dans cet état, la souffrance n’est plus un problème à résoudre, mais une preuve à exhiber.

La douleur persistante devient même, paradoxalement, une confirmation rassurante que l’injustice était bien réelle et que l’on a toujours raison d’en être affectée.

Le passage de la revendication à la libération

Briser cet attachement au fait d’avoir raison exige un acte de courage bien plus radical que de dénoncer son agresseur : il faut accepter de renoncer à un certain pouvoir procuré par la souffrance légitime.

Le premier pas est de remplacer la question stérile « Comment puis-je prouver que j’ai raison ? » par la question transformative « À quel prix est-ce que je tiens à avoir raison ? ».

Faites l’inventaire des coûts : votre énergie mentale constamment drainée par la rumination, vos autres relations teintées de méfiance ou de plainte, votre présent sacrifié sur l’autel du passé, votre avenir défini par une réaction à quelqu’un d’autre.

Lorsque ce bilan est dressé avec honnêteté, la perspective peut basculer.

Le deuxième pas consiste à pratiquer le « lâcher-prise stratégique » de la narration parfaite.

Cela ne signifie aucunement excuser les mauvais comportements ou se blâmer.

Cela signifie accepter que la vérité relationnelle est presque toujours subjective, complexe et insaisissable.

Vous pouvez décider de cesser d’investir dans la quête d’une version historique incontestable, et choisir à la place d’investir dans la création d’un présent qui vous convient.

C’est un transfert d’énergie de l’arrière vers l’avant.

Le troisième et plus important pas est de redéfinir ce que signifie « gagner ».

Dans le paradigme du « avoir raison », gagner, c’est que l’autre reconnaisse ses torts ou soit puni.

Dans le paradigme de la guérison, gagner, c’est retrouver votre capacité à ressentir de la joie sans arrière-pensée, à faire confiance avec discernement, à vous engager dans des projets qui vous animent, et à vous réveiller le matin sans que sa mémoire soit votre première pensée.

La victoire devient interne et silencieuse !

Pour y parvenir, il peut être nécessaire de « faire le deuil d’être comprise » complètement, y compris par vous-même.

Accepter que certaines parts de cette histoire resteront confuses, que certaines blessures n’auront jamais d’explication satisfaisante, et que votre paix ne dépendra finalement pas de cette compréhension totale.

La guérison authentique commence au moment où vous choisissez délibérément votre bien-être présent sur l’obsession d’avoir eu raison dans le passé.

Vous échangez alors le lourd fardeau de la preuve contre le poids léger de la liberté.

Conclusion

Cette réflexion n’est pas un réquisitoire contre les femmes blessées, mais une invitation à une introspection radicale et libératrice.

Le besoin viscéral d’avoir raison sur ce qui s’est passé est souvent l’ultime refuge d’un cœur qui a été trahi et dont la réalité a été niée. Il est compréhensible et humain.

Pourtant, il faut avoir la lucidité de reconnaître quand ce refuge devient une cellule.

La véritable force ne réside pas dans la rigidité inébranlable de son récit, mais dans la souplesse courageuse qui permet de transformer une expérience douloureuse en sagesse sans en rester prisonnière.

Le but n’est pas d’abandonner la vérité de votre vécu, mais d’élargir votre identité bien au-delà de cette vérité.

Vous n’êtes pas que cette histoire ! Votre valeur ne se mesure pas à l’étendue des torts que l’on vous a fait subir, mais à l’ampleur de la vie que vous parvenez à reconstruire par-delà ces torts.

Avoir raison sur le passé peut offrir une satisfaction amère et éphémère.

Avoir raison envers soi-même (en choisissant la paix, en priorisant sa croissance, en embrassant la complexité) offre une satisfaction profonde et durable. 

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