Le tabac tue jusqu’à la moitié de ses utilisateurs, ce qui en fait la première cause de décès évitable dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé.
Les cigarettes contiennent plus de 4 000 substances chimiques, dont certaines sont spécifiquement conçues pour stimuler l’addiction.
Cette dépendance est si puissante que le tabac est considéré comme la deuxième substance la plus addictive après l’héroïne, et il est très rare de rencontrer des fumeuses occasionnelles ou modérées.
Le risque avec le tabac est qu’il n’existe aucun niveau de consommation considéré comme sûr.
Chaque cigarette inhalée augmente le risque de développer des cancers du poumon, de la vessie, du col de l’utérus ou de l’œsophage, sans parler des maladies cardiovasculaires et respiratoires qui guettent les fumeuses.
Une étude canadienne portant sur 26 607 adultes a montré que les fumeuses actuelles présentaient un risque de cancer toutes localisations confondues multiplié par 1,72 par rapport aux non-fumeuses, avec un risque de cancer du poumon multiplié par 23,51.
Ces chiffres donnent le vertige et rappellent l’ampleur des dégâts causés par ce poison quotidien.
L’alcool : un risque qui se joue sur la quantité
Contrairement au tabac, l’alcool présente un tableau plus nuancé.
Les autorités sanitaires définissent des seuils de « consommation à faible risque » : pour les femmes, ne pas dépasser 18 unités d’alcool par semaine, une unité correspondant à un verre de vin ou une bière.
Une consommation excessive est définie à partir de 8 verres par semaine ou 4 verres en une seule occasion.
L’alcool est responsable d’environ 60 types de maladies et de 2,5 millions de décès par an dans le monde.
Ses effets à court terme incluent les accidents, les violences et les comportements à risque, tandis que ses conséquences à long terme touchent le foie, le cœur et augmentent le risque de cancers.
Contrairement au tabac, l’alcool présente un effet dose-dépendant : une consommation occasionnelle et modérée n’est pas jugée dangereuse par les autorités sanitaires, alors qu’un usage excessif ou régulier multiplie les risques de manière exponentielle.
En ce qui concerne le cancer, une méta-analyse a montré que la consommation de 25 grammes d’alcool par jour, environ deux verres, était associée à un risque relatif de 1,75 pour les cancers de la bouche et du pharynx.
La comparaison qui fait réfléchir : le risque de cancer
Pour rendre cette comparaison plus tangible, des chercheurs ont établi une équivalence en termes de risque de cancer.
Selon une étude publiée en 2019 dans la revue BMC Public Health, pour les femmes, la consommation d’une bouteille de vin par semaine augmente le risque de cancer d’une manière comparable au fait de fumer 10 cigarettes par semaine, tandis que pour les hommes, l’équivalence est de 5 cigarettes.
Cette différence entre les sexes s’explique en grande partie par le risque de cancer du sein, particulièrement sensible à l’alcool chez les femmes.
Le risque absolu de cancer attribué à une bouteille de vin par semaine est de 1,4 % chez les femmes non-fumeuses, contre 1 % chez les hommes, et c’est le cancer du sein qui représente 0,8 % de ce risque.
Les chercheurs insistent cependant sur un point crucial : cette comparaison ne signifie pas que boire modérément équivaut à fumer.
Elle mesure uniquement le surrisque de cancer, sans prendre en compte les autres problèmes de santé liés à ces substances.
La vraie différence : le mode d’action et la dépendance
La distinction fondamentale entre ces deux substances réside dans leur mode d’action sur l’organisme.
Le tabac, par ses milliers de composés toxiques, exerce des effets délétères à chaque exposition, sans aucune marge de sécurité.
L’alcool, quant à lui, est un facteur de risque dont l’impact dépend de la quantité et de la fréquence de consommation.
Le tabac est également plus addictif que l’alcool, ce qui rend l’arrêt particulièrement difficile pour les fumeuses.
À l’inverse, les buveuses occasionnelles ou modérées sont beaucoup plus nombreuses que les fumeuses modérées, ce qui témoigne d’une capacité de contrôle plus grande sur l’alcool.
L’oncologue Jorge Cárdenas résume la situation avec clarté : « Le tabac est, de loin, le facteur de risque le plus fort et le mieux documenté, il est directement associé au cancer du poumon et à plusieurs autres. Son impact est bien plus important ».
Le danger méconnu : l’effet combiné des deux substances
L’aspect le plus alarmant, et souvent négligé, concerne la combinaison du tabac et de l’alcool.
Leurs effets ne s’additionnent pas, ils se multiplient.
Une étude espagnole a montré que l’exposition simultanée aux deux habitudes était associée à une multiplication par 13 du risque de cancer de la bouche et du pharynx, un effet qualifié de « synergique ».
Une méta-analyse plus récente a confirmé ce phénomène en montrant que chez les gros consommateurs des deux substances, le risque relatif de cancer de la tête et du cou atteignait 35,24.
Le Dr Cárdenas met en garde : « Quand on les combine, le risque ne s’additionne pas, il se multiplie, surtout pour les cancers de la bouche, de la gorge et de l’œsophage ».
Les régions de la bouche et du pharynx les plus directement exposées à l’alcool et au tabac sont également les plus touchées par le cancer, ce qui confirme l’effet local de ces substances.
Au-delà du « les deux sont mauvais » : ce que vous devez retenir
Au-delà de ce constat, une mise en garde s’impose : même une consommation modérée d’alcool n’est pas dénuée de tout risque.
Les organisations de référence comme l’OMS ou le Centre international de recherche sur le cancer considèrent désormais qu’aucun niveau de consommation d’alcool n’est totalement sûr.
L’alcool a longtemps été présenté comme protecteur pour le cœur, mais ces allégations sont aujourd’hui remises en question, car les bénéfices supposés seraient largement contrebalancés par l’augmentation du risque de cancers.
Environ 80 % des cas de cancer de la bouche et du pharynx chez les hommes, et 65 % chez les femmes, sont attribuables à l’alcool et au tabac.
La science est formelle : pour la santé globale, le tabac est plus dangereux que l’alcool, car il n’existe aucun seuil de sécurité et son addiction est plus puissante.
L’alcool, lui, n’est pas dangereux à faible dose occasionnelle, mais il n’est jamais sans risque.
Une femme qui boit une bouteille de vin par semaine s’expose à un surrisque de cancer équivalent à celui de la cigarette, sans bénéfice pour sa santé cardiovasculaire.
La clé pour toutes les femmes est de connaître ces données pour faire des choix éclairés.
Réduire sa consommation d’alcool en dessous des seuils recommandés et arrêter complètement le tabac sont les décisions les plus bénéfiques que vous puissiez prendre pour votre santé à long terme.
Comme le conclut l’oncologue Cárdenas : « Ce n’est pas une compétition, ce n’est pas choisir le ‘moins mauvais’. Les deux augmentent le risque, simplement dans des magnitudes différentes. Le corps ne compense pas l’un par l’autre » !
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