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Comment certaines victimes abusent de leur statut pour obtenir des privilèges

Comment certaines victimes abusent de leur statut pour obtenir des privilèges

Il y a des confessions que l’on ne fait jamais à voix haute.

Celles que l’on chuchote à une amie de confiance après deux verres de vin, en baissant les yeux, en ajoutant très vite « ne le dis à personne ».

Celles que l’on écrit dans son journal intime avant de déchirer la page.

La vôtre, c’est celle-ci : vous avez été victime. Et parfois, vous utilisez ce statut pour obtenir des choses.

Une attention que vous n’auriez pas eue autrement.

Une dispense de responsabilité que vous n’oseriez pas réclamer sans cela.

Un privilège, petit ou grand, que votre histoire vous permet d’exiger.

Et maintenant vous vous demandez, chaque soir, si cela fait de vous une mauvaise personne.

Si vous avez transformé votre douleur en monnaie d’échange. Cette question est un tabou absolu.

Personne ne la pose dans les groupes de parole, personne ne l’écrit dans les livres sur le trauma, personne ne l’aborde entre amies.

Parce qu’elle menace la pureté du statut de victime. Parce qu’elle ouvre une boîte de Pandore que nous préférons tenir fermée.

Il est temps de l’ouvrir. Sans jugement, mais avec honnêteté.

Le statut qui change tout

Vous ne vous êtes pas réveillée un matin en vous disant que ce serait pratique de subir ce que vous avez subi.

Ce qui vous est arrivé, vous ne l’avez pas voulu.

Mais une fois que vous avez été reconnue comme victime par votre entourage, par la société, parfois par la justice, quelque chose a changé.

Vous avez reçu un statut ! Un statut qui, pour la première fois peut-être, vous donne accès à des choses que vous n’aviez jamais eues.

Il vous permet de dire « je ne peux pas » sans qu’on vous demande de vous justifier.

Ce statut vous permet d’être excusée pour vos absences, vos silences, vos colères qui éclatent sans prévenir.

Il vous permet d’exiger qu’on prenne soin de vous, qu’on vous écoute, qu’on vous ménage.

Il vous permet, parfois, d’obtenir des aménagements professionnels que vos collègues n’obtiendraient pas, de bénéficier d’une écoute qu’on refuse à ceux qui n’ont pas d’histoire à raconter.

Au fond de vous, vous savez que parfois, vous utilisez ce statut. Pas toujours, pas pour tout, mais parfois.

Quand c’est plus facile que d’expliquer, de négocier, de justifier des choix que vous n’avez pas envie de défendre.

Quand vous avez besoin d’une attention que vous ne savez pas obtenir autrement.

Lorsque vous voulez éviter une responsabilité que vous ne vous sentez pas la force d’assumer ce jour-là.

C’est là que la culpabilité s’installe parce que vous avez l’impression de trahir les autres victimes, celles qui souffrent sans jamais rien demander, celles qui portent leur croix avec une dignité que vous admirez.

Parce que vous avez l’impression d’instrumentaliser votre douleur, de la transformer en arme ou en bouclier.

Une vraie victime ne ferait pas ça, pensez-vous. Une vraie victime souffre, se tait, ne monnaye pas son histoire.

Mais cette image de la « vraie victime » que vous avez construite, cette figure pure et silencieuse, existe-t-elle vraiment quelque part ?

N’est-ce pas plutôt un mythe qui nous empêche de regarder la réalité en face, avec toute sa complexité ?

La frontière qui s’efface

Vous avez commencé par raconter votre histoire parce que vous aviez besoin qu’on vous croie, qu’on vous reconnaisse, qu’on vous valide dans votre douleur.

Raconter, c’était sortir de l’isolement où le trauma vous avait enfermée.

C’était cesser de porter seule ce poids trop lourd. C’était exister enfin dans le regard des autres.

Et puis, peu à peu, sans que vous vous en rendiez vraiment compte, le récit de votre histoire est devenu autre chose.

Vous avez appris à la raconter avec des effets, avec des silences bien placés, avec une dramaturgie qui fait pleurer votre auditoire.

Vous avez compris quels mots touchent, quels détails bouleversent, quelles émotions partager pour obtenir cette attention qui vous manque tant.

Par contre, vous n’avez pas choisi cela. C’est venu naturellement, comme un réflexe de survie.

Quand on a été privée d’attention, d’amour, de reconnaissance, on apprend à faire ce qu’il faut pour en obtenir.

C’est une leçon que vous avez intériorisée bien avant ce qui vous est arrivé.

Et votre histoire, cette cicatrice que vous portez en vous, est devenue un outil.

Vous ne l’avez pas voulu, mais vous l’avez utilisé. Et maintenant vous ne savez plus, parfois, si vous racontez pour témoigner ou pour recevoir.

Si vous partagez pour aider les autres ou pour être au centre de l’attention.

Si vous parlez de votre douleur parce qu’elle est encore vive ou parce que vous avez besoin qu’on vous regarde, qu’on vous plaigne, qu’on vous dise que vous êtes forte.

Cette confusion est peut-être la chose la plus difficile à admettre.

Parce qu’elle vous fait douter de la sincérité de votre souffrance, comme si le fait d’en tirer un bénéfice la rendait moins authentique.

Parce qu’elle vous donne l’impression d’être une actrice qui jouerait son propre drame.

Mais la vérité, c’est que ces deux choses peuvent coexister.

On peut souffrir vraiment et, en même temps, tirer des bénéfices de cette souffrance.

On peut avoir besoin de témoigner pour panser ses plaies et, en même temps, avoir besoin d’attention.

En fait, on peut être une victime authentique et, en même temps, utiliser ce statut quand cela nous arrange.

L’un n’empêche pas l’autre. Et pourtant, personne ne vous dit cela.

On vous dit qu’il faut être pur, que votre parole doit être désintéressée, que votre douleur ne doit rien demander en retour.

On vous met dans une position impossible.

Ce qui arrange, ce qui retient

Il y a une autre vérité encore plus inconfortable. Parfois, rester victime arrange. Parfois, guérir fait peur.

D’autres fois, renoncer à ce statut, c’est renoncer à des protections, à des attentions, à des privilèges qui vous sont devenus indispensables.

C’est perdre cette place qu’on vous a donnée, cette identité que vous avez construite, cette histoire qui vous rend intéressante aux yeux des autres.

Vous avez vu des amies « guérir » et devenir invisibles.

On ne s’occupe plus d’elles, on ne leur demande plus comment elles vont, on ne leur offre plus cette écoute bienveillante qu’on réservait à leur douleur.

Elles sont redevenues des femmes ordinaires, sans histoire particulière, sans cette aura de résilience qui les distinguait.

Et vous avez eu peur, peut-être, de devenir comme elles.

De redevenir celle que vous étiez avant, celle qui n’avait pas d’histoire à raconter, celle qui ne suscitait ni compassion ni admiration.

Ce n’est pas une faute morale !

C’est un mécanisme humain, aussi vieux que la nécessité de trouver sa place dans un groupe.

On s’attache à ce qui nous donne une existence sociale, même quand cette existence est construite sur la douleur.

On a du mal à lâcher ce qui nous a permis de survivre, de nous sentir exister, même quand cela nous empêche de vivre pleinement.

Et le statut de victime, avec tout ce qu’il apporte de reconnaissance et de soutien, est devenu pour vous une béquille.

Une béquille dont vous avez peut-être encore besoin, mais dont vous avez aussi peur de vous séparer, parce qu’elle vous est devenue si familière que vous ne savez plus qui vous êtes sans elle.

La seule question qui vaille

Alors arrêtez de vouloir être une bonne victime. Arrêtez de mesurer votre légitimité à l’aune de votre pureté.

Arrêtez de vous flageller parce que vous avez, parfois, utilisé ce qui vous est arrivé pour obtenir quelque chose, pour esquiver quelque chose, pour vous protéger.

Vous n’avez pas choisi ce qui vous est arrivé.

Vous n’avez pas choisi que cela devienne une partie centrale de votre identité.

Mais vous êtes en train de naviguer dans les conséquences de ce qui vous est arrivé, et il n’y a pas de mode d’emploi, pas de chemin tout tracé, pas de façon « propre » de traverser tout cela.

Il n’y a que votre chemin, avec ses détours, ses compromis, ses moments d’élégance et ses moments de médiocrité.

Oui, parfois vous restez dans le statut de victime parce qu’il vous protège.

Parce qu’il vous donne une place que vous n’avez pas ailleurs.

Parce qu’il vous permet d’exister dans un monde où vous ne savez pas exister autrement.

Oui, parfois vous utilisez votre histoire pour obtenir de l’attention, pour esquiver des responsabilités, pour bénéficier de privilèges.

Tout cela ne fait pas de vous une mauvaise personne.

Cela fait de vous une personne qui essaie de survivre avec les outils qu’elle a, des outils imparfaits, mais des outils que vous avez trouvés sur votre route.

La vraie question n’est peut-être pas « est-ce que je suis une mauvaise personne ? »

La vraie question, celle qui pourrait vous faire avancer, c’est « est-ce que ce statut me sert encore ou est-ce qu’il commence à me limiter ? »

« Est-ce que je suis prisonnière de cette identité ou est-ce que je peux commencer à en sortir à mon rythme ? »

« Qu’est-ce que je perdrais si je n’étais plus la victime, et est-ce que je peux obtenir cette même chose autrement ? »

Ces questions sont plus utiles que l’auto-flagellation.

Elles vous permettent d’avancer sans nier ce que vous avez traversé, sans renier les mécanismes qui vous ont aidée à survivre.

Conclusion

Personne ne vous demande de rendre votre statut de victime. Personne ne vous demande de renier votre histoire.

Mais peut-être pouvez-vous commencer à ajouter d’autres choses à votre identité, pour qu’elle ne soit plus seulement définie par cette souffrance.

Peut-être pouvez-vous, petit à petit, apprendre à obtenir de l’attention, de l’aide, du soutien, sans avoir à passer par votre douleur.

Peut-être pouvez-vous accepter que vous êtes une personne complexe, imparfaite, parfois contradictoire, qui a traversé des choses terribles et qui, parfois, en a tiré des bénéfices.

Cela ne vous rend pas mauvaise. Cela vous rend humaine.

Et c’est peut-être la seule chose que vous ayez à être.

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