Il y a des choses que l’on dit entre femmes, à voix basse, au coin d’un bar quand le vin a un peu desserré les langues.
Des confessions que l’on ne mettrait jamais par écrit, que l’on ne partagerait jamais sur les réseaux sociaux, que l’on efface même de sa propre mémoire à force de les trouver honteuses.
Cette nuit avec celui qui ne vous a même pas rappelée.
Ce type rencontré sur une application, que vous avez rejoint à 23 heures alors que vous saviez pertinemment que vous ne le reverrez pas.
Ce moment où vous avez fait semblant de prendre du plaisir pour que ça finisse plus vite, pour qu’il parte, pour ne pas avoir à expliquer pourquoi vous étiez là, dans son lit, à vos côtés, sans rien ressentir d’autre que ce vide que vous espériez combler.
On nous apprend à être sélectives, exigeantes, dignes. À ne pas nous « donner » à n’importe qui.
À attendre celui qui mérite notre corps et notre cœur.
Mais parfois, la peur du vide est si forte, la solitude si pesante, l’absence de désir si angoissante, que l’on accepte des corps, des nuits, des moments volés, juste pour ne pas se sentir inexistante.
Alors oui, parfois on couche avec des hommes qu’on n’aime pas. Et non, ce n’est pas une libération.
C’est un pansement qu’on applique en tremblant sur une plaie qui ne cesse de saigner.
Le sexe de consolation : quand le vide dicte sa loi
Vous avez passé la semaine à travailler, à répondre à des mails, à sourire à vos collègues, à faire semblant que tout allait bien.
Vendredi soir arrive, et avec lui ce moment redouté : le silence de l’appartement, l’absence de projets, le téléphone qui n’affiche aucun message.
Vos amies sont en couple, occupées, ou déjà parties en week-end.
Vous ouvrez l’application, vous faites défiler les profils sans conviction, jusqu’à ce que l’un d’eux vous écrive.
Il n’a rien de spécial ! Il n’est ni particulièrement intelligent, ni particulièrement drôle, ni particulièrement attirant.
Mais il est disponible, il répond, il propose de boire un verre « dans l’heure ».
Vous hésitez, vous savez que c’est une mauvaise idée, vous imaginez déjà le moment où vous vous glisserez hors de son lit demain matin avec cette gêne dans le ventre, ce sentiment d’avoir fait quelque chose que vous regrettez.
Mais l’alternative, c’est de rester seule. Encore une soirée seule.
Encore un samedi matin à traîner dans un appartement vide. Alors vous y allez.
Ce soir-là, vous ne cherchez pas l’amour, vous ne cherchez même pas le plaisir, pas vraiment.
Vous cherchez une présence, une main qui touche votre peau, un corps contre le vôtre, une voix qui vous dit que vous êtes belle dans le noir.
Vous cherchez à exister, ne serait-ce qu’une nuit, dans les bras de quelqu’un.
Parce que l’absence totale de contact, de désir, d’attention, finit par vous faire disparaître à vos propres yeux.
Vous avez l’impression de devenir invisible, de flotter dans votre vie sans rien ni personne pour vous ancrer.
Alors ce corps d’homme, même quelconque, même indifférent, devient une bouée.
Vous vous y accrochez, vous faites comme si, vous espérez que l’étreinte effacera un instant ce vide qui vous dévore de l’intérieur.
Le lendemain, vous vous réveillez à côté de lui. Il dort encore.
Vous observez son visage, ses traits que vous n’avez pas envie de connaître davantage.
Vous vous levez doucement, vous rassemblez vos affaires, vous quittez l’appartement sans faire de bruit.
Dans la rue, le soleil vous agresse. Vous vous sentez sale, pas de son corps, mais de ce que vous venez de faire, de ce que cela dit de vous, de ce que vous pensez que cela dit de vous.
Vous promettez que c’était la dernière fois. Et pourtant, la semaine suivante, vous recommencez.
Parce que la peur du vide est plus forte que toutes les promesses que vous vous faites dans la lumière crue du matin.
Le mensonge du « mal accompagnée vaut mieux que seule »
Il y a une phrase que vous avez entendue des centaines de fois, souvent prononcée par des femmes qui ne sont jamais seules, parfois par des thérapeutes bien intentionnés, toujours par des gens qui ne comprennent pas ce que signifie la solitude subie.
« Plutôt seule que mal accompagnée. » Elle est devenue un mantra, une injonction, une ligne de conduite morale.
Cette phrase sous-entend qu’il y aurait quelque chose de dégradant, d’indigne, à accepter une compagnie imparfaite, une présence sans amour, une étreinte sans lendemain.
Elle fait de la solitude un choix honorable et de la recherche de contact une faiblesse coupable.
Mais cette phrase ignore une réalité que vous connaissez trop bien : parfois, la solitude tue à petit feu.
Parfois, le silence de l’appartement devient une présence maléfique qui vous ronge.
Parfois, passer une énième soirée seule, sans que personne ne vous touche, ne vous regarde, ne vous désire, vous fait douter de votre propre existence.
Alors oui, mal accompagnée vaut mieux que seule parce que mal accompagnée, au moins, vous êtes accompagnée.
Parce que mal accompagnée, quelqu’un vous tient dans ses bras, même pour une nuit.
Parce que mal accompagnée, vous n’avez pas à affronter cette question qui vous hante : si personne ne me veut, est-ce que j’existe encore ?
Vous avez honte de cette vérité !
Vous mentez à vos amies quand elles vous demandent ce que vous avez fait ce week-end.
Par exemple, vous inventez des sorties culturelles, des après-midi entre copines, des journées de farniente.
Vous ne dites jamais que vous êtes allée chez un homme rencontré la veille, que vous avez couché avec lui sans en avoir vraiment envie, que vous avez fait semblant de jouir pour qu’il finisse plus vite, que vous êtes partie avant le petit-déjeuner pour éviter qu’il ne vous offre un café et vous pose des questions auxquelles vous n’avez pas de réponses.
Le jugement silencieux qui vous fait taire
Ce qui rend ces nuits encore plus difficiles à vivre, c’est le regard des autres.
Parce que la société a inventé une distinction commode entre deux figures féminines.
Il y a celle qui couche par libération, qui assume son désir, qui collectionne les aventures avec la fierté d’un conquérant moderne.
On l’admire, on la cite en exemple, on la célèbre dans les magazines comme l’incarnation du féminisme triomphant.
Et il y a celle qui couche par peur, par manque, par vide. Celle qui accepte des hommes qu’elle n’aime pas parce qu’elle a trop peur de finir seule.
Celle-là, on la méprise. On dit qu’elle n’a pas d’amour-propre, qu’elle est en manque d’attention, qu’elle devrait consulter, qu’elle se fait du mal, qu’elle est pathétique.
Vous avez intériorisé ce jugement au point de ne plus pouvoir distinguer ce que vous ressentez de ce que vous devriez ressentir.
Quand vous rentrez chez vous après une de ces nuits, vous ne savez plus si votre malaise vient de ce que vous avez fait ou de ce qu’on pense que vous devriez ressentir en le faisant.
Vous vous détestez de vous être encore « abaissée », d’avoir encore cédé, de ne pas avoir été plus forte, plus digne, plus exigeante.
Vous vous traitez avec une dureté que vous n’auriez jamais envers une amie qui vous avouerait la même chose.
Et pourtant, si l’une de vos amies vous confiait qu’elle a passé la nuit avec un homme qu’elle n’aime pas parce qu’elle ne supportait plus la solitude, que lui diriez-vous ?
Lui diriez-vous qu’elle est pathétique ? Lui diriez-vous qu’elle manque d’amour-propre ?
Probablement pas. Vous lui diriez que vous comprenez, que ce n’est pas grave, que ça arrive, qu’elle n’a pas à avoir honte.
Vous lui diriez qu’elle fait ce qu’elle peut pour survivre à cette période difficile, et que personne n’a le droit de la juger.
Pourquoi êtes-vous si indulgente avec les autres et si impitoyable avec vous-même ?
Oser dire : parfois, on baise pour ne pas pleurer
Il y a une vérité que personne ne dit, que les magazines féminins ne publient pas, que les discussions entre copines effleurent sans jamais vraiment la nommer.
Parfois, on couche avec des hommes qu’on n’aime pas parce que c’est mieux que de pleurer.
Parfois, on fait semblant de désirer pour ne pas avoir à affronter ce gouffre en nous où le désir s’est éteint.
D’autres fois, on se donne à un inconnu parce que c’est la seule manière qu’on a trouvée pour ne pas disparaître complètement.
Ce n’est pas glorieux. Ce n’est pas féministe ! Mais c’est vrai.
Et tant qu’on fera comme si c’était faux, tant qu’on réduira ces femmes au silence, tant qu’on les renverra à leur supposée faiblesse ou à leur manque d’amour-propre, on les empêchera de comprendre ce qui se joue vraiment dans ces nuits qu’elles regrettent au matin.
Ce qui se joue, ce n’est pas une histoire de libération sexuelle ou de morale dépassée. C’est une histoire de survie !
Quand on a trop peur de finir seule, quand on a trop souffert de l’absence, quand le vide devient si insupportable qu’il prend toute la place, on fait ce qu’on peut pour le combler.
On accepte des bras qui ne nous aiment pas, parce que c’est mieux que rien.
On se ment à soi-même en se disant qu’on a juste envie de s’amuser, parce que c’est mieux que d’admettre qu’on est en train de dépérir à petit feu.
Conclusion
Un jour, peut-être, vous n’aurez plus besoin de ces nuits.
Un jour, le vide se refermera, la peur s’apaisera, vous retrouverez le goût de votre propre présence.
Mais en attendant, vous avez le droit de survivre comme vous le pouvez.
Vous avez le droit de faire des choix que vous regrettez, de tomber, de vous relever, de retomber.
Vous avez le droit de ne pas être à la hauteur de l’image qu’on attend de vous.
Et si quelqu’un vous juge, dites-vous que cette personne n’a probablement jamais connu cette peur.
Ou qu’elle l’a oubliée. Ou qu’elle ment. Comme vous avez menti. Comme nous mentons toutes.
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