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« Ce n’est pas étonnant qu’il l’ait trompée » : quand la femme est un loup pour une autre femme

« Ce n’est pas étonnant qu’il l’ait trompée » : quand la femme est un loup pour une autre femme

Vous êtes entre collègues à la machine à café.

Une phrase circule à propos de la compagne d’un salarié du bureau que l’on sait infidèle.

« Elle aurait dû faire plus attention », « elle ne s’occupait pas assez de lui », et puis ce fameux « ce n’est pas étonnant qu’il l’ait trompée ».

Personne ne sourcille ! La formule passe comme une évidence, comme si la trahison masculine relevait de la conséquence mécanique et la défaillance féminine de la cause première.

Nous sommes entre femmes, pourtant ! Nous défendons l’égalité, nous réclamons la sororité.

Alors, d’où vient cette phrase qui claque comme une sentence ?

Pourquoi, face à une femme trompée, notre premier réflexe est-il si souvent de l’examiner elle, sous toutes les coutures, plutôt que de questionner celui qui a fait le choix de la trahir ?

Il ne s’agit pas d’une affaire de méchanceté gratuite, mais d’un mécanisme bien plus profond, que nous avons toutes intériorisé sans même nous en rendre compte.

« Ce n’est pas étonnant » ou l’art de banaliser l’inexcusable

Repensez à cette conversation. Qui était vraiment sur le banc des accusés ?

L’homme qui a menti, qui a brisé un engagement, qui a pris une décision active de tromper ? Non.

L’accusée, c’était elle ! Comme si sa conduite, son apparence ou son caractère constituaient des circonstances atténuantes si puissantes qu’elles pouvaient presque justifier la trahison.

« Ce n’est pas étonnant » : la formule est redoutable, parce qu’elle dépouille l’infidélité de son caractère choquant.

Elle la rend prévisible, presque naturelle. Comme on dit qu’il n’est pas étonnant qu’il pleuve en automne, on dit qu’il n’est pas étonnant qu’un homme trompe une femme qui ne remplit pas son office.

L’homme, lui, disparaît de la phrase. Il n’est plus le sujet agissant, il est le réactant logique d’une situation qu’on lui a imposée.

Et vous, en prononçant ces mots, avez-vous mesuré que vous déplaciez subrepticement toute la charge morale ?

Ce n’est plus lui le fautif ! C’est elle la responsable. Vous ne l’excusez pas ouvertement, non.

Vous constatez, prétendez-vous. Mais ce constat est un jugement, et ce jugement innocente le coupable au motif que la victime n’était pas assez irréprochable.

Tout lui est reproché : le procès sans fin de la femme trompée

Vous est-il déjà arrivé de chercher, presque machinalement, ce qui clochait chez elle ?

Les reproches reviennent comme une litanie, et ils ont toujours le même objet : elle n’en a pas assez fait.

Son corps d’abord.

« Elle s’est laissée aller après les enfants », glisse-t-on à mi-voix.

Comme si le corps d’une femme était une promesse contractuelle, comme si la maternité et le temps qui passe constituaient une faute professionnelle dans le couple.

On scrute les kilos supposés, la coupe de cheveux datée, la garde-robe négligée.

On ne dit pas que l’homme a choisi de regarder ailleurs ; on dit qu’elle n’a pas su retenir son regard.

Et puis il y a son caractère.

« Elle était tellement chiante à la fin », confie une amie compatissante.

Ses exigences deviennent des caprices, ses attentes des corvées, sa fatigue une mauvaise humeur chronique.

Si elle travaillait trop, on lui reproche de négliger son foyer.

Si elle travaillait moins, on lui reproche de s’être dissoute dans son couple.

La femme trompée est toujours trop quelque chose, ou pas assez.

Même son rôle de mère est retourné contre elle : « Elle ne pensait qu’aux enfants, ce n’est pas une vie pour un homme. »

Comme si s’occuper de sa progéniture était un abandon conjugal.

Comme si, en étant mère, elle avait cessé d’être une femme désirable et avait signé elle-même l’autorisation pour son compagnon d’aller chercher ailleurs cette féminité qu’elle n’incarnait plus assez à son goût.

Le loup intérieur : pourquoi nous jugeons-nous entre femmes ?

Cette sévérité n’est pas innée. Elle s’est installée en nous à force de grandir dans un monde où la valeur d’une femme s’évalue d’abord à l’aune du désir qu’elle suscite.

Nous avons toutes appris, très tôt, que notre capacité à retenir un homme était un étalon de notre réussite féminine.

Alors, quand une autre échoue à cette tâche, notre réaction n’est pas neutre.

Nous ne voyons pas seulement une amie trahie. Nous voyons une alerte, un signal d’alarme.

Si cela lui est arrivé, cela pourrait nous arriver.

Et pour conjurer cette peur, nous nous empressons de creuser la distance entre elle et nous.

« Moi, jamais je ne tolérerais ça. » « Moi, je m’habillerais encore pour lui. » « Moi, je ne laisserais pas ma vie tourner uniquement autour des enfants. »

Ces petites phrases en « moi » ne parlent pas d’elle, en réalité. Elles parlent de vous !

Elles sont une tentative désespérée de vous rassurer : vous ne finirez pas comme ça, parce que vous êtes plus vigilante, plus forte, plus féminine.

Vous la sacrifiez sur l’autel de votre propre tranquillité. C’est une stratégie de distinction, et elle est impitoyable.

Condamner l’autre femme, c’est tenter de négocier avec le destin, c’est croire qu’à force d’être du bon côté du jugement, on sera épargnée.

Mais ce faisant, vous laissez l’homme tranquille.

Vous l’absolvez de toute remise en question, vous le confortez dans l’idée que la fidélité est une récompense qui se mérite et non un engagement qui se tient.

Vous devenez, sans le vouloir, la gardienne d’un ordre qui vous opprime toutes.

La double peine ou la solitude des femmes trahies

Imaginez maintenant être à sa place…

Non seulement vous découvrez que l’homme que vous aimiez vous a menti, non seulement vous devez encaisser le choc, la colère et la tristesse, mais en plus vous devez affronter le regard des vôtres.

Ce regard qui vous évalue, vous soupèse, vous jauge.

Ce regard qui semble dire, sans un mot : « tu as dû faire quelque chose de travers ». Alors vous vous taisez !

Vous n’osez plus vous plaindre, de peur qu’on vous rappelle vos propres torts.

Vous n’osez plus pleurer, de peur qu’on interprète vos larmes comme une manœuvre de victimisation.

En fait, vous portez votre chagrin comme une faute, et votre faute comme un silence.

Combien de femmes trompées ont ainsi été isolées, non par leur conjoint, mais par leurs amies, leurs sœurs, leurs collègues ?

Combien ont entendu, à peine voilée, la question fatidique : « mais qu’est-ce que tu as fait pour qu’il en arrive là ? »

Comme si la trahison était une réponse et non une décision.

Ce mécanisme est d’une violence inouïe, d’autant plus qu’il se pare des atours de la bienveillance.

« Je te dis ça pour t’aider », susurre-t-on avant d’énumérer ses défauts. Non, vous ne l’aidez pas, vous l’enfoncez.

Et vous privez la discussion de son véritable sujet : la responsabilité de l’homme infidèle.

Tant que nous serons occupées à éplucher la vie et le corps de la femme trompée, personne n’ira demander des comptes à celui qui a trahi.

L’impunité masculine prospère sur nos jugements entre femmes.

Repenser la sororité, une exigence plus qu’un mot

Alors que faire ? Comment sortir de cette noria de jugements qui nous soulage un instant mais nous fragilise toutes, en réalité ?

La réponse ne tient pas en une formule magique, mais peut-être en un réflexe à acquérir.

Quand vous entendrez qu’un homme a trompé sa compagne, quand on vous racontera l’histoire en détail, avant même que la question ne se forme sur vos lèvres, posez-la autrement.

Ne demandez pas : « mais elle, comment était-elle ? »

Demandez : « et lui, qu’a-t-il fait ? »

Demandez quels choix il a posés, quels mensonges il a tissés, quel courage il lui a manqué pour partir avant de trahir, ou pour se taire s’il n’était plus heureux.

Recentrez l’attention sur l’acteur de la tromperie. C’est un geste mental infime, mais il déplace le centre de gravité de toute la conversation.

Il rend à l’homme sa pleine responsabilité d’adulte capable de dire non, capable de rompre, capable d’assumer ses insatisfactions sans les faire porter à une autre.

Et puis, offrez à la femme trompée ce qu’on vous a peut-être rarement offert : un soutien sans condition préalable.

Pas de « je te soutiens mais tu aurais dû ». Pas de « je comprends qu’il ait été frustré ». Juste : « il n’avait pas le droit de te faire ça, point. »

Cette phrase, si simple, est pourtant la plus difficile à prononcer, parce qu’elle exige de suspendre notre propre peur, notre propre besoin de croire que nous sommes à l’abri de ce genre de blessure.

Elle exige d’accepter que la fidélité ne se mérite pas, elle se choisit. Et que ce choix n’appartient qu’à celui qui s’y engage.

Conclusion

« Ce n’est pas étonnant qu’il l’ait trompée. » Non, ce qui est étonnant, c’est que nous répétions cette phrase sans voir qu’elle nous condamne toutes.

Elle raconte notre si longue éducation à nous sentir responsables du désir des hommes, comptables de leur fidélité, dépositaires de leur équilibre.

Elle raconte la peur que nous avons de notre propre vulnérabilité et la manière dont nous la retournons contre les autres pour nous en protéger.

Cette phrase raconte, surtout, le chemin qu’il nous reste à parcourir pour faire de la sororité autre chose qu’un mot creux.

La véritable solidarité féminine ne consiste pas à s’applaudir entre nous quand tout va bien.

Elle consiste à tendre la main à celle qui est tombée, sans lui demander d’abord de prouver qu’elle a trébuché sur la bonne marche.

Elle consiste à regarder le coupable dans les yeux et à exiger qu’il réponde de ses actes, au lieu de scruter les vêtements de la victime pour vérifier qu’elle n’a pas provoqué l’agression.

Alors oui, la prochaine fois que cette phrase montera à vos lèvres, arrêtez-la.

Et si vous l’entendez autour de vous, opposez-lui une autre question, une seule : « Et lui, dans tout ça ? »

Ce n’est pas un grand geste, mais c’est un commencement. Et il est grand temps de commencer.

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